Jeunet continue son exploration des valeurs les plus basses de la culture pop, ce qu'on qualifie habituellement de kitsch. Il réalise des mille feuilles de morceaux de kitch empilés. Soit on apprécie la manière de constituer et d'organiser la collection, soit on est une sorte de snob mal embouché et ça passe largement au-dessus d'une comprenette de caste qui ne connait pas les références et ne peut donc pas se rendre compte de la richesse, ne serait-ce que plastique, de la chose. L'esthétique de la carte postale mélangée à celle de l'image d’Épinal à la puissance n, mais totalement assumées, ça donne une touche que tout le monde reconnait. De plus, quand on emprunte aussi résolument tous les codes du film de costumes, de décors et même d'histoire (histoire du futur), je ne suis pas étonné que les fanatiques des cahiers du cinéma façon Nouvelle Vague fassent un crise d'allergie à ce genre qui n'est pas un genre mais un style très personnel.
Alors c'est plutôt violent, c'est même aussi gras qu'un hamburger bien assaisonné en mayonnaise industrielle, certains passages sont à la limite de la pornographie (tous les clips ou les yonis humilient des être humains), pour les nostalgiques du Fabuleux destin d'Amélie Poulain, d'Un long dimanche de Fiançailles ou L'Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, ça va être difficile à regarder. Même les amateurs de Delicatessen risquent d'être un peu déçus. car ça reste un cran en dessous quand même.
L'accumulation de références, de Robocop à Escher, en passant par Archimboldo (le grotesque Einstein, grotesque au sens maniériste du terme, qui vit dans une grotte, laquelle est située derrière une gravure imitée d'Escher), Vasarely aussi (la référence est moins évidente sauf pour ceux qui se souviennent de l'Hommage à Georges Pompidou du centre éponyme), les icônes de la grande époque de l'automobile française, et je dis icônes, je devrais dire figures mythologiques (merci monsieur Barthes, Roland, pas l'autre) des années 1950/60, ça devient un jeu de trouver et repérer toutes les citations, même le facehugger du film Alien (Jeunet en a réalisé un épisode), etc. etc. etc., à la fin ça fait un peu pastissade (pastis = bouillie au sens de mélange en provençal, pour justifier le goût anisé de mon titre, à quoi on peut ajouter l'accent marseillais de Youssef Hadji qui donne l'impression de remplacer le regretté Ticky Holgado), on s'y perd comme dans un catalogue non raisonné des arts ménagers à la foire internationale de Marseille en 1962... ou 64, ou 66. Je m'attendais donc à voir à un moment ou à un autre, une affiche magnifiquement encadrée où l'on aurait pu lire : "Moulinex libère la femme". Ok, ça ne va pas jusque là, ça aurait pu faire jaser dans les chaumières et peut-être même agacer quelques média qui font massivement dans la Woke culture. Tout cet univers de pacotille, colorié et éclairé comme un film de Jerry Lewis, s'affiche donc en futur retroussé comme une chaussette vers un espace pavillonnaire imité de l'idéal américain des années 1950. Un dernier clin d’œil cinématographique à retour vers le futur numéro 2, peut-être.... De même, le chien contrariant sollicité pour ouvrir la porte est aussi un clin d’œil au film Mon Oncle qui explorait la même thématique de la modernité en marche, avec un ton moins satirique et caricatural cependant.
Alors qu'il n'y ait pas de méprise, j'ai adoré mais comme j'ai adoré Exercices de style de Raymond Queneau avec un plus cependant, je n'ai pas été obligé d'aller le voir en salle donc bien confortablement installé, chez moi sans prendre le risque de recevoir du pop corn ou des cacahouètes sur la tête et, cerise sur le gâteau, sans avoir à me faire fliquer à l'entrée du cinéma (le comble pour un film de SF : l'avenir est déjà là, Robocop aussi) en présentant un pass vaccinal. Merci Netflix.