Black Adam est certainement ce qui se fait de pire en matière de blockbuster superhéroïque. Son cynisme tient à l’application machinale de programmes narratifs et visuels éculés, vidés de toute originalité et de toute substance sensible. Où est passé l’humain dans ce déluge d’effets numériques au passage inégaux et fort laids ? dans ce désastre mythologique qui échoue à raviver la flamme des esclaves rebelles devenus hérauts d’une révolution populaire ? Car la nullité du long métrage tient aussi à ses prétentions politiques, claironnées par les comédiens en interview : la prétendue réflexion sur la démocratie, la destruction du trône royal pour instaurer le pouvoir rendu au peuple, le ralliement des opprimés derrière un symbole pyramidal… soit un arsenal de clichés jetés de çà de là que ni la progression du récit – mais pouvons-nous véritablement parler de progression ? la course à la couronne dure bien une heure et lasse par l’incapacité chronique des personnages à la mener à terme, la conversion en diable de l’antagoniste interrompt aussitôt l’emprisonnement du héros et annonce la dernière castagne – ni l’écriture des dialogues, ni même la mise en scène ne traitent. Les fantoches virtuels se déplacent à toute allure, cassent des murs et des immeubles, mais jamais ils n’incarnent ; aussi ne savons-nous pas quoi regarder, notre œil glisse sur des images lisses, neutres, opaques à tout intérêt, à toute nouveauté, à tout élan d’imagination.
La musique de Lorne Balfe, qui martèle son thème épique toutes les cinq minutes, plagie le style de Tom Holkenborg ; de même, la réalisation de Jaume Collet-Serra, réalisateur pourtant talentueux d’Esther en 2009 et de The Shallows en 2016, adopte tous les tics détestables d’un Zack Snyder. Le long métrage devient alors un patchwork, suivant les directives d’un studio soucieux d’uniformiser des maillons filmiques d’une chaîne en toc qui écoule sur le marché des produits comme un tapis d’usine fait se succéder des lots assemblés à l’identique. Un spectacle affligeant.