Vu il y a maintenant plusieurs années, je me devais, au détour d'une grippe qui cloue au lit, d'écrire quelques mots sur ce qui est, pour moi, le meilleur film de tous les temps.
Ce n'est bien entendu pas un avis objectif mais totalement corrompu par les émotions qu'il m'a procuré.
De la première à la dernière seconde de cette oeuvre, j'ai été téléporté dans une faille spatio temporelle à nul autre pareil.
Dès la musique d'introduction de Vangelis, c'est un voyage dans un trou de ver, une autre dimension, un univers étrange, sale, poisseux, qui s'est ouvert à mes yeux.
Les plans sont rapidement occupés par le visage caractéristique d'Harrison Ford, dont le charisme ici atteint un paroxysme que je situe au-dessus de celui de Star Wars.
Au-delà de l'aspect purement technique qui m'a fait entrer dans un état second, plans, musiques, jeu des acteurs, décors, scénario bien ficelé, Blade Runner est allé plus loin que tout ça, bien plus loin.
Issu du roman de Phillip K Dick "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques" , que j'avais trouvé assez quelconque, le passage à la pellicule par Ridley Scott a tout transcendé, en passant par le message et le sens principal de l'oeuvre. En 2018, le thème de l'intelligence artificielle est devenu au coeur de bien des débats, et il est à parier que celle-ci dirigera bientôt nos vies. Mais dans Blade Runner, on nous transporte irrémédiablement vers la frontière que beaucoup d'entre nous refuse encore d'explorer, cette frontière taboue, cette frontière voldemoresque dont on ne doit pas parler : Si on insuffle assez de vie à une intelligence artificielle, peut-elle atteindre un niveau de conscience tel qu'elle deviendrait un être vivant à part entière ? Peut-on créer une âme ?
Blade Runner m'a aspiré dans ces questionnements, et je n'ai pu m'empêcher de ressasser cela dans mon for intérieur pendant des heures, de m'imaginer un monde réel où nous serions parvenu à pousser des intelligences artificielles à un tel niveau, dans des corps humains factices incroyablement développés, qu'elles auraient alors pris conscience d'elles-mêmes, en d'autres termes, que nous aurions réussi à nous dupliquer intégralement, jusque dans notre âme.
Mais qu'est ce que l'âme au fond ? Certains diront qu'elle existe physiquement, par un prisme religieux évident, tandis que d'autres affirmeront que ce n'est qu'un concept obscur destiné à rassurer quelques crédules.
Moi, de mon côté, j'ai imaginé que l'âme était la deuxième option, et que par conséquent, les réplicants du film, ne possédaient donc aucunes différences par rapport à des humains de chair et de sang. Ces êtres, créés de toute pièce par les Hommes, à leur image, ont été dotés d'un niveau d'intelligence si élevé qu'ils ont inéluctablement fini par prendre conscience d'eux-même, qu'ils existaient, en ce sens, nous n'avions alors plus aucun droit sur eux, cela devenait alors inhumain de s'en prendre à eux et de nier leur humanité.
Roy Batty avait raison.