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38 critiques
ZzzzzzzZZZZZZZzzzz
Moi qui voulait voir du Statham enervé, j'ai été très déçu. Le film n'est même pas moyen, assez incohérent. C'est du Statham donc on évite pas les clichés. Ici un flic dur à cuir, rageux, perso,...
le 24 mars 2013
- Je vous respecte, et ça ne m’arrive pas souvent.
- Quel est le problème ?
- Je pète les plombs.
- C’est-à-dire ?
- J’ai des syncopes. Pas souvent mais assez pour m’inquiéter. J’ai plus envie de causer, de manger… M’extraire du lit me demande un énorme effort. Je… Je regarde le mur, c’est tout. ! Je… Je fais rien d’autres. Absolument rien.
- C’est la fatigue.
- Quoi ?
- Votre cerveau a disjoncté. Du repos pendant quelques jours et ce sera reparti.
- Vous avez l’air bien sûr de vous ?
- J’en sais quelque chose, je suis passé par là.
- Vous ?
- Oui. J’arrivais même plus à faire fonctionner le micro-ondes. On était sur la piste d’un pédophile à Holland Park. Il embarquait des gosses dans sa voiture. On savait qui c’était, mais on n’arrivait pas à le prendre sur le fait. Et les enfants étaient trop traumatisés pour l’identifier. C’était un agent du show-biz, du genre à avoir beaucoup de relations. Les collègues s’amusaient à me comparer à ce fumier à longueur de temps parce que j’étais une tante, vous voyez ? Je retrouvais des capotes usagées dans mon casier, on rayait ma voiture, on mettait du sucre dans mon réservoir, enfin ce genre de conneries. Ça me mettait une énorme pression. Je me shootais au Valium, je picolais dès le matin et je fumais deux paquets par jour. Et puis j’en ai eu ma claque. J’ai décidé de reprendre ma vie en main. J’ai débarqué chez le pédophile à 4 h du matin et je lui ai écrabouillé les burnes avec une batte de base-ball jusqu’à ce qu’elles explosent. Ensuite, j’ai pris un congé exceptionnel pour récupérer. À mon retour, je l’ai joué discret en pensant que j’allais me faire virer… J’allais bosser en m’attendant à entendre mon ordre de renvoi, et au lieu de ça, ils m’ont transféré ici.
Blitz d’Elliott Lester, adapté du roman R&B « Blitz » (2002) de Ken Bruen, se présente d’abord comme un polar brut de décoffrage, héritier direct des thrillers urbains des années 70, avec en ligne de mire L’Inspecteur Harry de Don Siegel. Sauf qu’ici, pas de Smith & Wesson Model 29, chambré en .44 Magnum brandi comme justice, car Tom Brant, incarné par Jason Statham, règle ses comptes à l’ancienne, à coups de poings secs et de batte. Face à lui, un adversaire d’une nature bien différente, le tueur de flics surnommé Blitz, interprété par Aidan Gillen, que Brant devra traquer en collaboration avec le sergent Porter Nash, campé par Paddy Considine. Au premier abord, on pourrait croire à un énième film de Statham où ça cogne dans tous les sens sans autre ambition que la démonstration de force. Et pourtant, Blitz est bien plus intelligent et dérangeant qu’il n’y paraît. Lors de sa sortie en 2011, le film m’avait laissé un goût amer et nauséeux, non pas par sa violence gratuite mais par son traitement du tueur en série. Le scénariste Nathan Parker prend le contrepied total de la mythologisation habituelle des serial killers au cinéma. Avec Blitz, pas de génie machiavélique à la Hannibal Lecter du film Le Silence des agneaux par Jonathan Demme, pas de rituel sophistiqué façon John Doe dans Se7en de David Fincher, pas d’aura quasi mystique façon Norman Bates dans Psychose d’Alfred Hitchcock. Barry Weiss, alias Blitz, n’a rien d’iconique. Rien de charismatique. Aucun passé tragique glorifié. Aucun mode opératoire complexe. Il tue des policiers, point. Et c’est précisément là que le malaise naît.
Blitz est un looser pathétique anti-mythologique jusqu’au bout des ongles. Il se déplace à vélo, traîne torse nu ou en slip violet flashi, et n’a ni prestance ni intelligence supérieure. Son déclic le faisant passer à l’acte n’est même pas idéologique, ni maladif, ni pour le profit, ou simplement pour le sport. Il répond simplement à une raclée reçue dans un bar par Statham, et son ego en a pris un coup, jusqu’à se transformer en haine aveugle. Il ne faut pas le voir comme un monstre brillant, mais plutôt comme un rat acculé qui mord et espère te refiler la rage. Aucune prédisposition pour le meurtre, sa première scène de meurtre au marteau en témoigne, puisqu’elle se suit aussitôt d’un vomissement de sa part qu’il essuie dans ses cheveux, installant un dégoût viscéral. Blitz ne provoque aucune fascination, mais plutôt du rejet pur. Un minable terrifiant parce qu’il est plausible. Et c’est là que le film frappe fort, car normalement un individu aussi insignifiant ne devrait avoir aucune chance face à un flic aussi bourru et radical que Tom Brant. Et pourtant, l’arrêter devient un véritable cauchemar à cause du système juridique. Blitz glisse constamment entre les mailles d’une justice paralysée par ses propres excès, offrant au passage une critique sociale acerbe où le droit est tellement poussé à l’extrême qu’aujourd’hui il protège davantage le bourreau que la victime. Les criminels deviennent des figures victimisées par la machine judiciaire et journalistique, tandis que les forces de l’ordre se retrouvent pointées du doigt comme les véritables coupables, même s’ils ne sont pas tout rose non plus. Une inversion des valeurs encore plus actuelle aujourd’hui. Et quand la loi vacille face à l’absurde, il ne reste plus que la tentation d’une justice hors-la-loi.
- Vous préférez quoi sept ou huit ?
- 8.
- Ok pour huit.
- Ok pourquoi ?
- Huit autres flics à tuer.
Elliott Lester dresse ainsi le portrait d’une société dépressive, gangrenée de l’intérieur, où chaque personnage porte une fissure béante. Une Londres qui suinte le mal-être. Tom Brant est présenté comme un alcoolique insomniaque dont l’esprit vacille entre lucidité brutale et black-outs éveillés ; Porter Nash est présenté comme un policier modèle en façade alors qu’il sort d’une dépression liée à un pédophile relâché faute de preuves et qu’il a castré à coup de batte ; un autre inspecteur (Mark Rylance) noie son veuvage dans la bouteille ; un capitaine (Nicky Henson) juste mais moralement bancal s’abîme dans des escapades nocturnes pour oublier son quotidien nocif avant de rentrer chez lui auprès de sa femme ; une jeune policière (Zawe Ashton) est totalement brisée après une attaque de Blitz et retombe dans la drogue et la déchéance. Même les civils ne relèvent pas le niveau entre un indic sans travail (Ned Dennehy) prêt à tout pour stopper Blitz, non par sens moral mais pour l’argent, et un journaliste (David Morrissey) motivé par la gloire plus que par la découverte de la vérité. Un monde où personne n’est exemplaire, mais où tout le monde juge. Côté réalisation, Lester opte pour une mise en scène volontairement sale, humide et poisseuse, en parfaite adéquation avec son propos. Les décors blafards de Max Gottlieb et Lee Sandales, combinés à la photographie froide de Rob Hardy et à la direction artistique de Steve Carter, enferment le récit dans une grisaille urbaine oppressante. La musique d’Ilan Eshkeri ajoute l’atmosphère.
L’intérêt du film réside aussi dans sa structure puisque l’identité du suspect arrive relativement tôt, permettant au récit de se concentrer non pas sur le « qui », mais sur le « comment » et surtout le « pourquoi ça coince ». Les punchlines fusent, les décisions sont frontalement assumées, et certaines séquences dégagent une tension électrique. Notamment le face-à-face où Blitz se retrouve coincé à une vingtaine de mètres d’un Statham avançant droit sur lui avec le regard en feu et la mâchoire serrée. À cet instant précis, sans l’intervention d’autres policiers, le film laissait clairement entendre que la frontière entre arrestation et exécution aurait pu se dissoudre en une seconde. Côté casting, Aidan Gillen est redoutable en Blitz. Il est malaisant, imprévisible, grotesque et dangereux à la fois. Il ose tout, jusqu’à la provocation pure en narguant la police. En face, Jason Statham incarne à la perfection le flic désabusé au bord de l’implosion. Il est lucide sur l’absurdité d’un système qui le désigne comme criminel pour avoir tabassé des voyous armés en flagrant délit, tandis que ces derniers deviennent des martyrs médiatiques : « des petits anges partis trop tôt ». Il comprend que la justice officielle ne suffit plus, et que se salir les mains devient inévitable. Il tient des répliques volontairement abrasives, et forme avec Porter Nash, incarné par un Paddy Considine parfait, un duo étonnamment complémentaire. Le final est top, délivrant ce qu’il promet, mais arrive un peu trop vite, comme s’il manquait un avant dernier acte pour appuyer encore davantage la folie du tueur et l’impuissance du système. Un léger goût d’inachevé, qui n’entache cependant pas la puissance globale du film.
Blitz d’Elliott Lester n’est pas un film confortable mais un polar urbain abrupte sans glamour ni romantisme, remplaçant la fascination morbide de l’image cinématographique fantasmée du tueur en série par le malaise de la décrépitude humaine. Un thriller qui cogne mais pas que pour ses coups mais pour ce qu’il montre de la société, c’est-à-dire un monde malade avec une justice qui vacille par l’inversement des valeurs, et où les flics n’ont plus vraiment le luxe d’être propres s’ils veulent mener à bien leurs missions.
Blitz n’est pas un thriller qui glorifie le crime, c’est un film qui en révèle la médiocrité la plus dérangeante.
- Si on n’arrive à rien prouver, et que Barry Weiss sort…
- Où voulez-vous en venir ?
- Vous m’avez parlé une fois d’une histoire de pédophile. Vous n’arriviez pas à le coincer de façon légale, alors… vous vous en êtes occupé vous-même.
- Je croyais que vous dormiez quand je vous ai dit ça. Je ne veux pas continuer ce genre de conversation. Je déteste le ton qu’elle prend.
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Créée
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