Jean-Michel Ribes est un type un peu à part dans le cinéma français. Ce metteur en scène de théâtre et créateur de série TV (Palace) réalise parfois des films avec un casting très étendu.
Après Musée Haut, Musée Bas, ce sont donc les Brèves de Comptoir de Jean-Marie Gourio qu’il adapte au cinéma, après les avoir adapté au théâtre. Le film est extrêmement dépendant de ces brèves-là, dans la mesure où l’intégralité du dialogue est composée de ces petits morceaux de texte que Jean-Marie Gourio est allé pêcher dans les brasseries qu’il a fréquentés (ou qu’il a inventé, c’est selon). Il en reste que par leur enchaînement et leur mise en scène, Jean-Michel Ribes parvient à créer du sens et des moments franchement réussis. Quelques-uns tombent bien évidemment à l’eau, mais le film n’est jamais ennuyeux. Le problème de Ribes vient surtout au niveau de l’émotion, qui est distillée sur une ou deux scènes et sur un décor où le cimetière jouxte la brasserie, comme pour montrer le chemin que prennent ses clients qui s’envoient de quoi se créer une cirrhose du tonnerre. Elle n’est jamais vraiment réussie et ce n’est pas en la faisant jouer par Bruno Solo que ça va marcher. En revanche, on peut compter de bonnes performances par Daniel Russo, Michel Fau, Laurent Gamelon et surtout l’excellent Régis Laspalès, toujours aussi bon. Jean-Michel Ribes finit d’ailleurs son film comme il avait fini Musée Haut, Musée Bas : avec un immense n’importe quoi où le spectateur est partagé entre la consternation et l’émerveillement.
Brèves de Comptoir est un film assez singulier dans le cinéma français pour ne pas passer à côté. De là à en faire un film décisif, n’exagérons pas, il y a bien trop de défaut. Mais Jean-Michel Ribes doit absolument continuer.