- Allo ?
- Allo ! Allo ! Allo… oh grâce à Dieu.
- C’est toi, Chloé ?
- Je m’appelle Jessica Martin, j’ai besoin que vous m’aidiez. J’ai été kidnappée. Il faut que vous alliez alerter la police.
- Kidnappée, hein ?
- Je vous jure que c’est vrai. Je… J’ignore où est-ce que je me trouve. Je… Je suis enfermée dans un grenier quelque part. Je crois qu’ils vont me tuer.
- Ils sont sympas de vous laisser un téléphone.
- Non, ils… Ils ne m’ont pas donné de téléphone. Non… Il y en avait un et je…
- Bon, si vous en avez un, vous feriez mieux d’alerter les flics vous-même. Ce serait plus sûr, ok ?
- Je vous en prie, écoutez-moi. Le téléphone d’où je vous parle… a été détruit. J’ai mis les fils les uns contre les autres pendant des heures… J’ai essayé de joindre quelqu’un, n’importe qui. Alors je vous en supplie, ne raccrochez pas. Je n’arriverai peut-être pas à avoir une autre ligne.
S.O.S. D'un terrien En Détresse
Cellular s’apparente à cette série B solide qu’on lance sans grandes attentes et qui, mine de rien, vous agrippe par le col. Réalisé par David R. Ellis, le film se présente comme un thriller d’action sous haute tension, modeste dans ses ambitions mais redoutablement fonctionnel, capable de transformer un objet anodin du quotidien en véritable détonateur dramatique avec le téléphone portable. Le récit nous projette à Los Angeles, où Jessica Martin (Kim Basinger), mère de famille sans histoire, est enlevée en plein jour puis séquestrée dans le grenier d’une maison inconnue. Dans un moment de panique mêlé d’ingéniosité, elle réussit à rafistoler un combiné et compose un numéro au hasard. De l’autre côté de la ligne, Ryan (Chris Evans), un jeune type plutôt banal, répond sans se douter qu’il vient d’ouvrir la porte à un engrenage infernal. Et à partir de ce simple appel, tout s’accélère. Le scénario de Chris Morgan, sur une histoire de Larry Cohen, ne cherche pas à réinventer le genre ni à multiplier les détours à travers des schémas scénaristiques complexes. Sa force tient plutôt à une mécanique de compte à rebours permanente implacable s’articulant de manière claire et lisible autour d’une urgence continue et de décisions prises dans l’instant. Un cheminement idéal pour obtenir une dynamique constante compensant largement la simplicité de sa structure, sachant que l’utilisation permanente du portable va vite s’avérer être une problématique supplémentaire. En effet, il faut recontextualiser l’époque pour comprendre à quel point avoir un portable n’était pas encore de tout repos, le récit se passant début 2000. Pour rappel, les téléphones portables étaient à l’époque des appareils basiques seulement conçus pour les appels vocaux et les SMS, l’une des marques les plus représentatif à cette époque étant le Nokia, que le film va tout du long mettre en avant, avec une grande première puisque, « incroyable ! », on a droit à la démonstration du tout premier portable doté d’une caméra et d’un appareil photo.
Bien entendu, Ryan va avoir les désagréments accompagnants ses vieux modèles avec une batterie qui se vide rapidement ou encore un réseau bien instable. Et à cela s’ajoute d’autres problématiques, comme la circulation urbaine plus d’une fois chaotique, mais aussi des lieux précis à atteindre avant les ravisseurs en mode « course contre la montre », et d’autres obstacles concrets empêchant le moindre temps mort pour le spectateur. Une pression constante et un rythme soutenu évoquant l’énergie de Speed de Jan de Bont, auquel on aurait greffé en complément la logique de Phone Game de Joel Schumacher, sortie deux ans plus tôt. Certes, l’intrigue est prévisible et l’ensemble reste très calibré, pourtant, Cellular tire son épingle du jeu grâce à son concept, son rythme effréné, une utilisation quasi ininterrompue du suspense et une utilisation maligne du téléphone comme lien vital entre les personnages. La réalisation de David R. Ellis ne cherche jamais l’esbroufe artistique, mais elle fait exactement ce qu’on lui demande à savoir maintenir la tension. Les déplacements en voiture, les poursuites à pied, les allers-retours incessants entre Jessica enfermée et Ryan lancé dans la ville construisent un montage nerveux, soutenu par la musique efficace de John Ottman. Le générique final est par ailleurs très bien fichu. En parlant de final, la conclusion est très satisfaisante et nous régale jusqu'au bout. La photographie de Gary Capo reste sobre mais lisible, et le montage d’Eric A. Sears contribue largement à cette sensation d’urgence continue. Petit clin d’œil amusant pour les amateurs, la scène à l’aéroport de Los Angeles fait entendre l’annonce d’un vol 180 à destination de Paris, référence directe à Destination Finale, saga dont Ellis avait réalisé le deuxième volet.
Côté casting, Chris Evans incarne Ryan, un jeune homme immature, peu fiable, largué par sa petite amie pour son manque d’implication. Le film va littéralement le forcer à grandir en temps réel. À mesure que les minutes s’égrènent, il passe de gamin hésitant à type déterminé capable de prendre des décisions risquées. Evans en est encore à ses débuts, on sent un léger surjeu dans les premières scènes, mais il trouve rapidement le bon ton et parvient à rendre son évolution crédible. Face à lui, Kim Basinger livre une performance entièrement basée sur la tension vocale et émotionnelle. En Jessica Martin, elle passe une grande partie du film à crier, supplier, négocier, mais on comprend l’hystérie vu la situation. Ce qui surprend le plus avec le recul, c’est la présence de Jason Statham dans le rôle d’Ethan, policier corrompu et principal visage de la menace. À cette période, il sort tout juste du Transporter de Louis Leterrier et Corey Yuen, et de Braquage à l'italienne réalisé par F. Gary Gray, deux films qui l’ont déjà installé comme figure montante de l’action. Le voir débarquer dans une production plus modeste en antagoniste reste assez savoureux. Son personnage paraît d’abord monolithique et froid, mais cette rigidité fonctionne finalement bien pour un flic ripou implacable. William H. Macy incarne Mooney, un policier à l’apparence banale et presque pathétique avec ses histoires de retraite et de spa, mais qui se révèle plus futé qu’il n’y paraît. Il incarne parfaitement l’idée qu’il ne faut jamais se fier à la couverture d’un livre. Noah Emmerich assure correctement le rôle du supérieur ripou sans marquer durablement, tandis que Jessica Biel apparaît dans un petit rôle étonnamment discret au regard de sa notoriété montante de l’époque, puisque sortant tout juste de Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel. Le film s’offre également quelques toutes petites respirations bienvenues à travers les touches d’humour passant par Rick Hoffman, avocat grande gueule dont la Porsche va connaître un sort mouvementé, offrant quelques moments de légèreté au milieu de la tension.
CONCLUSION :
Cellular de David R. Ellis est un thriller d’action sans fioritures qui assume pleinement son statut de divertissement haletant à travers une idée de base ingénieuse, le téléphone portable comme moteur de tension. Ce n’est pas un classique impérissable, mais un film suffisamment solide, porté par un bon casting, pour maintenir l’attention du début à la fin.
Un thriller simple mais accrocheur.
- Est-ce que tu as une idée, des emmerdes que tu m’as causées aujourd’hui ?
- …
- Qui es-tu ? Qui t’a mis sur ce coup ?
- J’ai répondu au téléphone…