Faire face au monstre, à la racine
Une catharsis pour son auteur. A dix-huit ans Ciaran Foy a été agressé par des jeunes sauvages, qui ne lui ont rien volé, le laissant perplexe sur leurs motivations, puis le laissant lui agoraphobe. Il a du surmonter cette angoisse. Dans son premier film, Tommy (Aneurin Barnard), un homme d’une vingtaine d’années résidant dans les quartiers pauvres de la ville, est le spectateur passif du meurtre de sa femme enceinte. Il devient un père incapable de vivre, agoraphobe et paranoïaque.
Citadel est un film poignant sur la peur et la responsabilité. Il donne la perspective des exilés (généralement malgré eux), barbotant tous dans l’arrière-monde, sinistre et désaffecté. Pour eux le seul grand réconfort est la sécurité, le reste est un luxe. Ce sont pour l’essentiel des survivants déprimés vivant au milieu des junkies, des paumés et donc, des criminels. Tout le long, Citadel flirte avec le fantastique ; et finalement le désamorce toujours plus. La foi agit comme un antidote ou un poison.
Deux personnes sont là pour soutenir Tommy. Marie l’infirmière (Wunmi Mosaku), si limpide et généreuse, apporte son aide et sa bienveillance, ses soins. Le prêtre (James Cosmo), personnage excentrique et aux manies peu diplomatiques, ne le ménage jamais et le pousse au combat. Tous les deux refusent d’apporter une assistance où il ne serait pas investi, tous les deux veulent l’emmener au bout de ce couloir sombre, vers la liberté et l’autonomie. La grande finesse psychologique de Citadel contribue à en faire ce programme si puissant, viscéral, pas simplement comme un survival mécanique ou un vigilante movie quelconque, des genres ici amalgamés.
Le paradoxe concerne les illusions ; elles sont à la fois rejetées (car nocives, car il faut voir le réel pour tenir à long-terme) et induites (le prêtre manipule, à bon escient, corrompt sa franchise de manière calculée et appropriée). Dans tous les cas elles ne sauraient durer et c’est la volonté, le pouvoir sur soi-même, qui seul permet de s’affranchir et s’élever au-dessus de ses blessures. Pour cela il faut affronter les démons de la citadelle ; des démons qui n’en sont pas. Comme tous démons, ils sont de simples êtres humains dégénérés. C’est assumé et revendiqué : il vient un moment où il ne faut plus pardonner. Où il n’y a pas à lier compréhension et excuse. Où l’emphase n’a aucune légitimité. Et c’est bien cette prise de conscience là qui a changé le prêtre. Elle ramène à soi, au défi d’être soi, en refusant ce qui nous détruit, quelque le masque ou le déterminisme.
Bête de festival en 2012-2013, Citadel est supérieur à sa réputation. C’est bien sûr une série B brillante et intense, avec une photographie haut-de-gamme, une BO efficace de Tomandandy et une esthétique générale très élaborée (on est baignés dans un monde en décomposition, où la réalité vraie est post-apocalyptique). C’est aussi un film multiple, transcendant les genres, utilisant la fantaisie au service d’une peinture de caractères en interaction avec leur environnement et leurs tripes. Digne de Clive Barker.