Un des premiers Lubitsch américains? En tout cas, une merveilleuse petite machine dont l'écriture procure à l'oeil et au ciboulot des plaisirs tout lubitschiens. J'entends par cette phrase alambiquée et pédante que je me suis pris un panard terrible à suivre cette histoire de couple, a priori banale. En fait d'ordinaire, le cercle vicieux conjugal (mais quel est l'abruti qui l'a intitulé "Comédiennes" en français?) que raconte ce film est parfaitement huilé. Parfaitement? J'y vais un peu fort car il faut tout de même avouer que le personnage masculin joué par Monte Blue est d'une crétinisme rarement atteint, une chiffe molle, un mollusque à cheveux gominés, cependant indispensable pour nouer le drame romantico-domestique tant sa fadeur et son manque de burnes forment la teneur même de ce drame. Sans un personnage aussi peu fûté et dévascularisé il n'y aurait pas eu toute ces péripéties et chausse-trappes amoureuses. Que d'atermoiements pour envoyer au diable cette insatiable croqueuse d'hommes qu'est Marie Prevost!

Dans le casting, mention spéciale pour Adolphe Menjou en mari fatigué, ahuri par l'éloignement et la cruauté de son épouse. Il faut voir son regard perdu devant le dédain affiché par sa femme dès potron-minet. On retrouve à cette occasion toute la verve narrative, l'espièglerie de Lubitsch, quand Menjou faisant ses exercices physiques matinaux montre son séant à sa femme tout en s'étirant ou bien l'éclosion d'un joli sourire satisfait quand il croit voir sa femme courtisée par Monte Blue.
Mention spéciale itou à Florence Vidor. Je ne connaissais pas la donzelle, délicate fleur. Jolie frimousse. J'aurais plus de réserve à émettre pour Monte Blue, son oeil quasi bovin et ses rires avec mâchoires déployées. Sa panoplie manque parfois de subtilité. De même pour Marie Prevost, aux poses à la Paula Negri, sans grande originalité.

Mais ce qui donne le grand frisson, c'est cette implacabilité du scénario et le délicieux agencement scénique qui colle parfaitement à l'histoire, tout en finesse et intelligence, cette fameuse touche lubitschienne. Exemple parmi d'autres : cette sublime séquence de petit déjeuner amoureux ou en deux coups de cuillères à café, le cinéaste dit toute la tendresse et tout le bonheur de vivre à deux, de s'aimer, avec pour uniques acteurs des mains et des tasses.
Merveilleux.
Alligator
8
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le 1 mars 2013

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Alligator

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