Le dernier film découvert lors de ce petit hommage au cinéaste fut finalement le meilleur.
Samryong, le muet est un bon film, un très bon film même et qui ne souffre de peu des défauts habituels de son cinéaste dans son ensemble : il est plutôt court (85 minutes), possède un bon dosage entre la légèreté et le drame, n'en fait pas trop dans le mélo et possède une excellente progression dramatique qui développe une impressionnante intensité durant le dernier tiers. C'est même d'un sadisme et d'une violence assez incroyable avec ce personnage du maître mari d'une brutalité stupéfiante, insultant et rouant de coups sa femme puis son serviteur avec une haine incontrôlable. De quoi penser qu'il y a un arrière fond politique dans cette représentation d'un certain pouvoir éminemment phallocrate. Ça va assez loin du coup, et contre toute-attente cela sert le film en allant dans la pure tragédie littéraire qui dépasse ainsi les simples conventions (il y a quelque chose de Quasimodo dans Samryong).
La réalisation de Shin Sang-ok est à la hauteur avec une réelle rigueur (notamment le découpage et le sens des extérieurs qui soulignent à chaque fois la psychologie), accompagnée d'un chouette scope noir et blanc. Ce n'a pas toujours été le cas mais on le sent ici pleinement investit par son histoire. Ses comédiens aussi d'ailleurs bien que Choi Eun-hee soit un peu trop vieille pour le rôle je trouve. Kim Jin-kyu dans le rôle titre est lui excellent et réussi à faire vivre intelligemment son personnage avec beaucoup de sensibilité. C'était la condition sine qua non pur que le film soit crédible et émouvant.