L'ivresse n'est pas atteinte...
Des hommes sans loi pourrait bien être une sorte de consécration pour le réalisateur australien John Hillcoat, reconnu depuis son western The Proposition et l’adaptation de La Route (de l’auteur Cormac McCarthy), qui fut en compétition au Festival de Cannes avec ce film de genre. Finalement rentré bredouille, le film s’est fait tout de même connaître, et ce grâce à ses têtes d’affiche et le fait d’être un long-métrage de gangsters, genre très apprécié du cinéma et qui n’a pas eu de véritable « titres » depuis quelques temps (malgré un très bon Public Enemies). Que vaut alors Des hommes sans loi ? (ATTENTION, SPOILERS !!)
D’après une histoire vraie, le film nous propulse en pleine Prohibition (plus précisément en 1931), dans le comté de Franklin en Virginie. Un état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, qui a connu l’âge d’or des trois frères Bondurant. Nous suivons donc le parcours de cette famille, plus particulièrement le plus jeune (Jack), ambitieux et impulsif, voulant lancer le trafic de ses frères à un niveau d’envergure, et ce malgré la réticence de l’aîné, Forrest, qui ne pense qu’à protéger sa famille. Mais leur destin va changer à l’arrivée d’un agent fédéral des plus cruels, qui va leur donner une chasse sans merci. Malgré un changement radical de décor (la ville laissant la place à la campagne), le scénario se montre tout bonnement classique des films de gangsters : une histoire de famille soudée, de trahison, de corruption (la police et le shérif), de règlements de comptes, d’amour difficile (ici, les Mormons sont à l’honneur), de vengeance et autres fusillades et postures mythiques (debout au bord de la voiture, chapeau vissé sur le crâne, le regard en arrière, la mitraillette Thompson pointée vers le haut). Bref, Des hommes sans loi n’a nullement l’intention de réinventer le genre scénaristiquement, mais plutôt l’intention d’en faire partie. Malheureusement, c’est en sortant du lot qu’un film arrive à être grandement remarqué, ce qui n’est pas le cas de ce long-métrage, qui pourtant nous propose des personnages grandement travaillés (le jeune frère aux grandes ambitions, l’aîné qui croit dur comme fer à son statut d’intouchable, la Mormon rebelle…).
Même constat du côté technique. De très beaux costumes, véhicules et accessoires, mais rien de bien exceptionnel à regarder, avec une très grande impression de déjà-vu. Un sentiment qui aurait très bien pu être évitable si le film aurait pu être un brin palpitant. Même si quelques scènes font preuves d’une grande efficacité et de tension (Jack se faisant tabasser par l’agent, Forrest défendant Maggie, la nouvelle venue ; la fusillade orchestrée par Floyd Banner…), le film n’arrive pas vraiment à décoller, à trouver la puissance nécessaire lors de certaines séquences (la fusillade finale en est le parfait exemple !), et ce malgré une violence visuelle étonnamment poussée (égorgement, castration, bastons un peu trop réalistes, poignard dans le dos …). D’accord, Des hommes sans loi se voulait être un drame familial. Mais en lisant le papier, le long-métrage se voyait également comme un grand divertissement. Et du côté du « palpitant », ce n’est pas vraiment ça… Encore une fois à cause d’un grand classicisme.
Mais fort heureusement, Des hommes sans loi reste un bon film. Et cela il le doit à son casting prestigieux (en plus d’un certain suspense et des personnages vraiment intéressants). Shia LaBeouf prouve, une fois de plus, qu’il peut endosser la peau de protagonistes de réelles envergures, loin de Louis Stevens (La Guerre des Stevens) ou de Sam Witwicky (la saga Transformers). Quant à Tom Hardy, il prouve une fois de plus son talent et le fait qu’il soit un nom sûr sur lequel peut compter un film (après Bronson, Inception, La Taupe et The Dark Knight Rises). Guy Pearce est tout bonnement excellent en agent Charlie Rakes, sadique, cruel et excessivement coquet. Mia Wasikowska et Jessica Chastain sont rayonnantes. Bref, des acteurs irréprochables ! Néanmoins, on pourrait critique l’ordre de la distribution, fortement inégal : un grand Gary Oldman situé à la troisième place du casting qui n’apparait que quelques minutes à l’écran, un Jason Clarke absent de la liste de tête et pourtant acteur principal du film…
Des hommes sans loi ne peut figurer au titre de meilleur films de gangsters, ni en être l’un des piliers, à cause d’un ensemble bien trop classique. Mais le casting, le travail des personnages et une efficacité à nous capter lui permet d’être un bon film de genre qui mérite d’être vu au moins une fois.