Décevant
L’idée du film est bonne, mais inachevée. La fin laisse juste le spectateur sur sa faim...
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le 29 juil. 2019
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Adaptation d’une nouvelle de Guillermo Martinez, "El Hijo" ("The Son" en version internationale) a surtout des airs de reprise - en inversant les rôles - du célèbre "Rosemary’s Baby" : l’enjeu est ici encore la création d’un bébé « parfait » du point de vue de l’un des deux parents, perfection ne correspondant clairement pas aux opinions de l’autre, ni d’ailleurs, à celles du spectateur… D’où la montée en puissance de scènes paranoïaques de plus en plus étouffantes, débouchant sur une conclusion (d’ailleurs assez similaire à celle du film de Polanski) qui est la découverte du « bébé »… Avec une différence majeure, qui, et c’est la relative faiblesse du scénario de "El Hijo", ne va pas jusqu’au bout de sa logique (les théories évolutionnistes, l’approche scientifique de la grossesse, etc.) et nous laisse un peu trop confortablement penser que tout cela n’a été finalement que le résultat du délire d’une mère mentalement instable, succombant aux fadaises de bien des « bobos » new age sur la bonne manière d’élever un enfant.
Si l’on peut objecter à ce refus final de la piste fantastique, et surtout à une construction de la narration alternant deux temporalités, pour retarder artificiellement la découverte de ce qui s’est passé et ce qui a conduit Lorenzo, le père du bébé, dans la situation de crise où il se trouve, on doit admettre que Sebastián Schindel mène efficacement sa barque et construit une tension remarquable à partir de faits apparemment anodins, suivant en cela tout-à-fait les recettes du Polanski des années 70. Avec des acteurs impeccables, et en particulier un Joaquín Furriel tout en retenue et une Martina Gusman qu’on a plaisir à retrouver après "Carancho", et une belle rigueur dans sa mise en scène, Schindel réalise donc un film passionnant (au moins jusqu’à sa conclusion décevante…), un film qui dépasse la réflexion (un peu convenue) sur la nouvelle place de l’homme dans une famille que la femme domine de plus en plus. Un film dont on se demande finalement si la plus grande pertinence n’est pas le fait d’avoir fait jouer à un homme un rôle traditionnellement dévolu aux femmes.
Malheureusement non sorti dans les salles françaises, "El Hijo" est visible sur Netflix, et confirme la bonne santé du cinéma populaire argentin, tout en nous donnant envie de (re)découvrir "El Patrón: Radiografía de un Crimen", le premier film de Schindel datant de 2014.
[Critique écrite en 2019]
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2019/07/26/netflix-el-hijo-de-guillermo-martinez-lorenzos-baby/
Créée
le 21 juil. 2019
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