Gourou
5.6
Gourou

Film de Yann Gozlan (2026)

On est seulement en janvier, et je ne sais pas ce que j'ai vu de pire entre Trump qui veut envahir toute la planète, ou Pierre Niney qui donne la réplique à Hanouna.

Première chose, je vois que la communication du film se fait beaucoup autour des précédentes collaborations entre Gozlan et Niney. Certes, Un Homme Idéal (sorti en 2015) était plutôt sympa, et Boîte Noire (sorti en 2021) était une revisite très solide du thriller paranoïaque. Sauf que ça fait 5 ans, et que depuis, le bonhomme a quand même fait des films.

Il nous a alors pondu Visions en 2023, puis Dalloway, il y a seulement quelques mois. Deux films qui montrent que Gozlan sait en effet très bien se servir d'une caméra, avec une jolie gestion du cadre et un certain sens de l'esthétique. Mais deux films qui montrent aussi que Gozlan n'excelle pas quand il s'agit de scénario et d'écriture. Parce que, c'est quand même con comme la lune.

Pour revenir sur Gourou, le long-métrage vise clairement à renouer avec l’atmosphère et les ambitions de Boîte Noire. L’œuvre prend le pouls d’une société qui se détourne peu à peu de ses croyances, politiques comme religieuses, préférant trouver refuge auprès de personnalités fortes, aussi nébuleuses soient-elles. Sauf qu’on va tout de suite évacuer le problème, à savoir que le film n’a rien à dire de son sujet. Du moins, rien qui ne me paraissait pas déjà évident, avant même que j’entre dans la salle.

Les coachs de vie ne sont pas super qualifiés. Ils peuvent cacher une part d’ombre. Ils brodent leur propre culte de la personnalité, afin de manipuler les masses. Eh bien, merci Sherlock. Tout ça, sous fond de retranscription balbutiante des réseaux sociaux, d'une ringardise embarrassante. Et le plus frustrant, c'est que le film n’est pas insupportable comme l’étaient ses deux précédents. Il est juste cruellement plat et inoffensif.

Pour me répéter une énième fois, oui c’est toujours aussi soigné visuellement. La photo est assez jolie, il y a un vrai travail d’éclairage, et la mise en scène se renouvelle régulièrement. Bref, c’est solide en termes de réalisation.

Mais là où ça pèche, c’est encore une fois au niveau de l’écriture (ce qui est quand même un peu ironique, quand tu veux traiter de la figure du gourou, censée t’ensorceler par son éloquence imparable). Et c’est terrible, parce que je peux pas m’empêcher de voir Gozlan derrière sa caméra, convaincu de nous livrer un discours exceptionnel, presque avant-gardiste.

Alors certes, les acteurs sont pour le coup plutôt bien dirigés. Mais d'un, je n’ai pas besoin de Gourou pour savoir que Pierre Niney ou Anthony Bajon sont de bons comédiens. Et surtout, l'ensemble est tellement convenu et caricatural que les enjeux tombent instantanément à plat. On sent d'ailleurs que c’est Niney qui est à l’initiative du projet (avant même Gozlan), puisqu’il s’offre goulûment ces longues tirades présomptueuses, afin d'alimenter sa petite vitrine personnelle.

Et surtout, je ne l’ai pas encore mentionné, mais quel ennui. Le film est tout bonnement interminable. Déjà, plus de deux heures pour offrir un propos aussi lisse, c’est compliqué. Mais s’ajoute à cela une gestion du rythme catastrophique, et une construction globale du récit qui est proprement indigeste. On fait des allers-retours, on empile des twists sur des twists, et là où on pense que l’œuvre se conclue, on repart finalement sur une dernière demi-heure complètement anecdotique. On pourrait couper l’intégralité de ce dernier segment, le film aurait exactement le même discours et les mêmes conclusions. Ce qui est assez problématique, vous en conviendrez.

Enfin, pour évoquer l’éléphant au milieu de la pièce, ou devrais-je dire la mouche au milieu de la merde : qu’est-ce que vient foutre dans un film d’auteur (à vocation sérieuse et engagée), une espèce de placement de produit pour Touche Pas à mon Poste ? On a très littéralement 5 minutes de plongée directe dans l’émission, comme si on était devant notre télé. Mais quand je vais dans une salle de cinéma (un lieu de culture pour rappel), ce n'est pas exactement pour voir Pierre Niney discuter avec Baba, Jean-Michel Maire et Gilles Verdez. D'autant plus que vouloir dénoncer les gourous en graissant la patte à Hanouna, il fallait oser. Et dans une époque comme la nôtre, comment Niney (qui constitue indéniablement l'un des représentants de la jeunesse) peut faire de la pub indirecte pour ces espaces de dialogues médiocres, prônant des idéologies aussi dégueulasses ? C’est incompréhensible.

Bref, je ne suis peut-être pas le plus objectif sur le cinéma de Gozlan. Mais Gourou n'est rien d'autre qu'un énième raté, au sein d'une carrière qui sombre peu à peu.

3,5/10


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le 26 janv. 2026

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