Harry Potter et les reliques de la mort - 1ère partie par TheScreenAddict
Après un Ordre du Phénix décevant par la superficialité de son scénario et un Prince de Sang Mêlé au ton étonnamment léger, David Yates nous offre avec la première partie des Reliques de la Mort un pur chef-d'uvre, le meilleur épisode de la franchise Harry Potter depuis le superbe Prisonnier d'Azkaban de Cuaron.
D'une densité scénaristique exemplaire, Les Reliques de la Mort témoigne d'une grande fidélité au roman, tout en s'autorisant des moments renversants d'inventivité graphique et poétique, dont une magnifique séquence animée illustrant le conte des fameuses reliques. Mais ce qui frappe avant tout, c'est l'immense tristesse qui traverse le film. On est pris à la gorge, saisi d'une émotion rare dès les premières scènes. Les quelques plans muets montrant Hermione effacer sa propre existence pour protéger ses parents donnent le ton. La fin est proche. La douleur de la fin. Chaque scène concourt à la construction d'un long et déchirant poème, à la puissance visuelle ténébreuse, résonnant comme un adieu permanent. On meurt, on souffre, on doute, on regarde en arrière, vers les six ans de péripéties qui conduisent inéluctablement à un présent de dangers et de malheurs. Privilégiant l'émotionnel, l'intimiste et la contemplation à l'action, David Yates orchestre un thrène au rythme hypnotique, qui nous touche d'autant plus si l'on suit les mésaventures du jeune sorcier depuis leur commencement. Ce qui ne l'empêche pas de nous livrer quelques scènes dramatiques fracassantes, dont une impressionnante course-poursuite aérienne et une vénéneuse destruction d'horcruxe. L'infiltration / évasion du Ministère de la Magie par Harry, Ron et Hermione métamorphosés, ainsi que l'ultime bravoure de l'elfe Dobby sont également de purs prodiges de mise en scène.
La noirceur permanente, habilement tempérée par quelques instants bienvenus d'humour et de tendresse, place définitivement la franchise hors de portée du jeune public. A des années lumière de la niaiserie de Narnia et de Twilight, la saga Harry Potter fait preuve d'une ambition cinématographique et d'une honnêteté admirables envers les spectateurs qui ont grandi avec elle, ne censurant jamais ses instants les plus durs, les plus pénibles. Bellatrix Lestrange apparaît comme une tueuse psychopathe, Ron flirte dangereusement avec les frontières du meurtre, la paranoïa s'empare de tous les personnages. Par ses décors post-apocalyptiques et son ambiance de Seconde Guerre Mondiale, Harry Potter et les Reliques de la Mort assume une dimension plus sinistre et angoissante que jamais. La nuit devient toujours plus noire avant le lever du jour. Le dernier plan du film, paradoxalement très lumineux, nous fait appréhender la fin de cette nuit avec une intolérable impatience. Vivement juillet 2011 !