Un petit pas dans le temps, mais un grand pas vers l'éternité...
Du haut d'un immeuble Raymond l'Italien surplombe l'agglomérat des badauds, et s'escrime contre la vanité du genre humain. Par une nuit sans lune son coeur saigne, il tâtonne vers le trépas, cherche un sens à cette réalité trop sale, trop cynique, trop "pas assez". Raymond, ce Roquentin des seventies, est un homme écorché, transi de sentiments et d'illusions perdues : Raymond a la nausée, écoeuré du spectacle de sa propre existence, outsider pathétique d'un star-système se drapant dans l'inconséquence de ses incessantes futilités... Seul là-haut, contre tous, en bas.
Et alors qu'un concert de noces se promène dans une immaculée vulgarité par-delà la ville, que les gamins singent avec cruauté et ingratitude le suicide potentiel de l'Italien des Roses et que le locataire du 15ème gobe pour argent comptant les programmes du petit écran lui, poète de tout un film et de toute une vie, se rappelle : un visage de femme, une vraie, de celle qui sans filtre brise les convenances et les politesses d'apprivoisement. Peut-être qu'il l'aime, ou peut-être que non. Qu'importe : incapable de supporter sa présence lors de son humiliation sur les planches d'un music-hall quelques heures auparavant Raymond, musicien déchu, s'en est allé défier la vie du haut de sa tour de fortune. Par une nuit sans lune...
Film magnifique, totalement atemporel et d'une charge onirique peu commune le premier long métrage de Charles Matton est à ranimer de l'oubli ; pépite de poésie méconnue L'Italien des Roses est un spleen cinématographique d'une étonnante inventivité, tour à tour moderne, logiquement contemporain et doué de style. Science du montage d'attractions détonante, Bohringer monstrueusement beau. Grand film.