Second remake du Death Race 2000 de Paul Bartel après celui de Paul WS Anderson. Un film dont je suis particulièrement fan. Le côté iconoclaste et sale gosse du réalisateur fait des merveilles, bien aidé par un concept alors novateur et au service d'une critique acerbe de la société du divertissement. Sa direction artistique outrancière et des personnages surréalistes parachevaient le travail, au risque de se mettre à dos ceux qui ne seraient pas sensibles à ses "charmes" et ne verraient dans cette production Corman qu'une vaste kitscherie. Et puis il y avait Carradine et Stallone. La version de Paul WS Anderson ressemble plus à une adaptation de Mario Kart sous testostérone mais fonctionnait bien grâce à son côté bourrin décérébré. Avec l'élection de Donald Trump, nous n'avions probablement jamais eu autant besoin d'une remise au goût du jour, tout en étant plus proche de l'original dans l'esprit. A ce titre, nous célébrons le grand retour de l'Amérique dictatoriale, dystopique, et décadente.
Le Grand Frisson a suggéré que Death Race 2000 pouvait se voir comme un précurseur de Hunger Games ; plus j'y pense, plus cela fait sens : l'élite aux goûts vestimentaires douteux, le sang et les jeux pour garder la population sous contrôle, la condescendance extrême des journalistes, et les médias comme substitut à la religion, tout cela se retrouve dans les deux œuvres. Sauf que Death Race 2000 était infiniment plus violent, drôle, et subtil dans son message. Avec cette volonté de revenir aux sources - jusqu'à la reprise de plusieurs scènes emblématiques de l'original - Death Race 2050 fait preuve d'ambition. Le contrat est partiellement rempli. Le propos n'a jamais été aussi pertinent, malgré un final qui vire plutôt du côté du nihilisme, les dialogues sont globalement bien ciselés, et les nouveaux participants marquent les esprits autant que leurs prédécesseurs (même si cela manque de nazis). Le scénario regorge de petits ajouts sympathiques, comme les rednecks, les nouveaux noms des états ou des villes, ou les problèmes de virilité d'un des personnages. Là où cela ne va pas du tout, c'est dans une réalisation proche de celle d'une production The Asylum. Ou d'un téléfilm SyFy. Et je ne crois pas que cela vienne d'un manque de budget : certains effets spéciaux paraissent bel et bien pensés pour faire moisi, et l'enrobage de ce film ressemble trop à celui d'un faux-nanar pour être honnête. Au fil des années, le côté kitsch de l'original lui a imposé une image de nanar ; alors que cet aspect faisait sens dans le contexte du film, tout comme il fait sens dans Hunger Games (il faut vraiment que j'arrête de faire cette comparaison) : le design était pensé pour que les membres de la caste dirigeante nous paraissent outranciers, vulgaires, et décadents. Ici, la direction artistique est pensée pour émuler les tares habituelles du nanar, ce qui m'apparait comme un non-sens absolu. En plus d'être sacrément moche.
Death Race 2000 ne bénéficiait pas d'un gros budget, donc il adaptait son récit à ses moyens. Tandis que Death Race 2050 fonce sciemment dans le mur. Pour son propos, son humour, et quelques trouvailles judicieuses, Death Race 2050 ne mérite pas pour autant d'être trainé dans la boue. Mais mieux vaut revoir l'original. Ou même la version avec Statham.