Après une Promenade dans la nuit tourmentée par des rafales émotionnelles, Murnau nous convie à La Découverte d’un secret, une nouvelle histoire pleine de lourds secrets et de mystères.
Nous sommes, cette fois, les convives invisibles et omniscients d’une grande réception dans le château de la famille Vogelöd, qui organise une grande partie de chasse. Une ambiance légère, aux allures de vacances, vite troublée par l’arrivée du comte Oetsch, accusé d’avoir tué son frère, dont la veuve et le nouveau mari doivent d’ailleurs se rendre également au château Vogelöd. Rapidement, l’appréhension et un climat de tension s’installent. Les regards se crispent, les inquiétudes émergent. Les vacances se muent en une sorte de procès, où le comte Oetsch fait figure d’épouvantail, son allure imposante et son air sévère n’aidant pas.
La Découverte d’un secret fait du comte le coupable idéal, au point que le spectateur se doute rapidement que cela est trop simple, et qu’il va falloir creuser pour entrevoir la vérité. Le film va alors se focaliser sur deux personnages, celui du comte et celui de la veuve. Cette dernière va notamment raconter à plusieurs personnages, et notamment le Père Pharamond, les souvenirs de son défunt mari, et les événements qui entourent sa mort tragique. Après la phase d’installation, très factuelle, présentant un certain nombre de personnages, La Découverte d’un secret entre dans une phase plus psychologique, entrant dans la conscience même de ses personnages. Ici, aux apparences succède la réalité, la conscience ne pouvant dissimuler éternellement la vérité des sentiments et des émotions. La culpabilité en tête, conséquence d’un amour non maîtrisé, à l’image de celui qui nous était déjà exposé dans Promenade dans la nuit, devient insoutenable.
Pour faire éclater la vérité, Murnau extrait les rouages de la conscience de ses personnages dans des éléments extérieurs, invoquant la nature, comme la tempête qui s’abat lors de la partie de chasse, ou les hallucinations qui accablent l’un des infortunés convives. Dans une démarche expressionniste, le cinéaste fait appel à des éléments récurrents dans les films associés à ce mouvement, en jouant beaucoup sur les lumières, sur la projection d’éléments subjectifs dans un environnement commun, incorporant des éléments de fantastique avec les hallucinations notamment. C’est aussi la présence de la thématique du double, notamment avec le comte et la veuve, chacun jouant sur plusieurs tableaux, l’un étant, quelque part, l’opposé de l’autre.
Enfin, toute l’intrigue est affectée par la suprématie d’un pouvoir supérieur et irrésistible, incarné par le comte. Celui que tout le monde pointe du doigt se fait détenteur d’une vérité insoupçonnée, devenant le juge qui orchestre son éclosion, mettant chacun face à une réalité qu’il essaie de fuir. Incarné par un Lothar Mehnert charismatique, à la présence imposante, il fait partie de ces personnages expressionnistes emblématiques, dans la lignée de ces incarnations de ce pouvoir presque surhumain, que l’on discernait déjà chez le Docteur Caligari dans Le Cabinet du Docteur Caligari (1920), et que l’on retrouve ultérieurement chez des personnages comme le Docteur Mabuse dans le film du même nom (1922).
Encore dans ce que l’on pourrait qualifier comme étant la première phase de sa filmographie, Murnau continue de développer un cinéma qui tient beaucoup de l’expressionnisme, mais qui se distingue des films fondateurs du mouvement, mêlant les espaces intérieurs et le fait de jouer sur les décors, à l’utilisation d’extérieurs, ici assez présents, augurant le futur Nosferatu (1922) notamment. Difficile, quand on connaît déjà les chefs d’oeuvre du cinéaste, d’être autant emporté par cette Découverte d’un secret, qui a toutefois de bons atouts et propose une intrigue intéressante.
Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art