En se rendant dans un restaurant étoilé, on accepte que le rythme du service soit lent, que les plats soient préparés avec ferveur (idéalement avec vue sur la cuisine) et que le chef ait sa vision des choses et nous l’impose savamment.
Afin de totalement savourer les plats, on met de côté le téléphone et on ne parle pas lorsque l’on déguste les mets.
C’est exactement l’état d’esprit qu’il faut pour savourer « La Passion de Dodin Bouffant », un film certes roboratif mais aussi délicat et savoureux.
Pourtant le restaurant semble académique, le menu a déjà été fortement critiqué et certains s’étonnent qu’il ait reçu une étoile (prix de la mise en scène à Cannes).
L’histoire est simple et franche comme un produit local, l’assemblage des éléments est parfait. Que ce soit le château, son jardin, les costumes, les mobiliers, les ustensiles de cuisine, tout se tient et livre un cachet savoureux de la belle époque.
Le tout est mis en lumière chaudes de la plus belle des façons, telle une nature morte de maitre, de quoi mettre en avant chaque plat, de sa préparation à son fumet et la façon de le savourer accompagné d’un excellent vin.
Dans cette quête des saveurs, des mélanges audacieux et l’immense plaisir de découvrir un nouveau met, la nonchalance est un art, on se tait pour savourer les mets puis ils sont commentés avec ferveur et bons mots.
Qu’il est divin de nourrir le corps et l’esprit tout en se régalant la rétine. Attention, vos papilles vont saliver et votre ventre va gargouiller.
Le festin du chef Tran Anh Hung est épicurien et romantique, il se savoure avec douceur.
Servi par Juliette Binoche et Benoît Magimel qui sont succulents, qu’il est beau et bon cet art culinaire Français.
Filmé de main de maitre avec une seule caméra (si si !), la mise en scène est impériale.
Presque un huis clos en cuisine.
On finit en beauté, car tout bon repas serait gâché sans un final de toute beauté.
Un conseil, allez-voir ce film le matin et ensuite allez dans un excellent restaurant !