Après le relativement réussi La Daronne, Jean-Paul Salomé n’a rien perdu de son mordant dans La Syndicaliste, qui retrace la vie de Maureen Kearney (Isabelle Huppert) syndicaliste chez Areva retrouvée chez elle en 2012 ligotée et scarifiée. Le film perd en qualité narrative ce qu’il gagne en réalisme, à commencer par les interminables séquences de couples avec Gilles Hugo (Grégory Gadebois). Il en est de même concernant les maladroites correspondances entre Anne Lauvergeon (Marina Fois) - ancienne PDG d’Areva - et Maureen Kearney, ainsi que les clichés répétés lors des séquences entre Luc Oursel (Yvan Attal), promu PDG d’Areva, et Mauren Kearney. Les clichés en question ? En matière d’opposition économique libérale / socialiste. En matière de rapport au féminisme au sein des grands groupes. Et enfin, en matière d’organisation du travail, et de hiérarchisation des postes. Dans ce casting pourtant relevé, seuls Pierre Deladonchamps et Aloïse Sauvage semblent relever le niveau escompté. Le premier est en charge de l’affaire Kearney et soutient la thèse selon laquelle elle aurait orchestrée son propre enlèvement ; quand la seconde pointe dès le départ les incohérences de fonds et les vis de formes au sein du procès - car oui, La Syndicaliste devient, sans crier gare, un film de procès. Et quelle déception : alors que l’enquête faisait le cachet du film, avec tout le doute qu’elle instaurait sur cette militante qui n’ayant pas pour habitude d’avoir la langue dans sa poche devint mutique dès les premières accusations. Si la plaidoirie finale de Maitre Témine est incarné avec un certain talent par Gilles Cohen, ce moment procès ne sert pas la narration du film qui se terminera par une succession d’intertitres rappelant l’inénarrable histoire de Maureen Kearney. En insistant sur la vente du savoir faire nucléaire français aux chinois, le long métrage oublie d’interroger l’absence de réaction de la part de Maureen Kearney qui, comme Meursault ou Nick Dune, va jusqu’à se voir reprocher son mutisme et quelque part, son absence d’émotion. La Syndicaliste est donc tout cela à la fois : un film didactique, exempt de tout parti pris sur une affaire si complexe qu’il faudrait plus de deux heures pour en comprendre les prémices, et un cadre plus circonscrit pour en saisir les enjeux.

Aymericdt
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le 22 déc. 2022

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