La Vague par Nicolas Gilson
Deux éléments opposés caractérisent le film de Dennis Gansel : une rapidité de montage témoignant de l’assimilation de la nervosité des protagonistes fait face à une captation quasi statique d’établissement et de constatation. Si le montage et la gestion des images s’avèrent ainsi différenciés, la nervosité est la caractéristique première qui transparaît du film.
Dès l’ouverture de celui-ci cette logique est mise en place, mais cette nervosité est également marquée dans la musique avec un renvoi discursif évident au travers de Rock ‘N’ Roll Hightschool des Ramones.
La musique apparaît rapidement comme un lien entre les différents élèves. Chaque fois que le réalisateur y a recours, le rythme du montage y fait corps. Ce qui renforce l’hypothèse d’assimilation.
Dennis Gansel pose aussi les éléments d’une réflexion sur la rapidité possible des échanges au travers des nouveaux moyens de communication. Internet et la téléphonie mobile sont utilisés de manière riche et plurielle. Le réalisateur ne cherche pas uniquement à en montrer les dangers car il cherche surtout à établir le constat de nouvelles règles et modes de transmission de l’information en assimilant ces médias à la jeune génération.
Cependant, l’intérêt premier de ce film au titre évocateur est sans conteste la thématique dont il traite. Après NaPolA, Elite für den führer, Dennis Gansel travaille une nouvelle fois le sujet de l’endoctrinement mais en plaçant celui-ci dans le contexte de l’Allemagne d’aujourd’hui. La problématique qu’il développe est simple mais dure : une dictature serait-elle à nouveau possible?
Si au travers de cette adaptation de The Wave de Morton Rhue, il est ici question de la conscientisation des Allemands quant à leur passé, il s’agit au-delà de traiter de l’assimilation de celui-ci dans leur quotidien. Cette thématique n’est cependant pas traitée frontalement et c’est étrangement cela qui donne au film cette force. Si quelques questions directes transparaissent ponctuellement, c’est avant tout un point de vue intergénérationnel éparse qui prête à réflexion.
À l’instar de films comme Good Bye Lenin ! (2003), Das Leben der Anderen (2006) ou encore Der Untergang (2004), Die Welle entre dans une dynamique riche du cinéma allemand contemporain, celle de se réapproprier son Histoire. Mais à la différence de ceux-ci la contextualisation dans l’Allemagne du 21ème siècle engendre une mise en parallèle sociétale nouvelle car évidente.
Ces films ont comme point commun de marquer la renouveau du cinéma allemand ; un cinéma riche de sens et fort d’une émancipation improbable d’un sentiment de culpabilité.
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