Zola, là, sur l'écran : cité minière crasseuse, population de "gueules noires" des deux sexes, obscurs élans face à l'avenir forcément sombre...
Remake de "Germinal" ? Non, lien logique pour la première et percutante oeuvre d'Eric Barbier. "Le désir d'un film est impalpable", confie le débutant, qui a protégé cinq ans sa peu commerciale histoire de mineurs avant de pouvoir, comme metteur en scène, aller au charbon !
"Le brasier", c'est l'évocation d'un contexte économique et humain monstrueux.
Des centaines d'hommes qui, loin sous terre, extraient un précieux combustible dans des conditions à la fois pénibles et périlleuses pour un salaire de misère.
Des enfants aussi, à qui l'on crie à la première descente : "Maintenant, tu as un pied dans la tombe !".
Des femmes à la chaîne qui trient jusqu'à épuisement des blocs sales et lourds.
Et là-dessus, entre deux meurtriers coups de grisou, l'explosive cohabitation entre Français et émigrés venus en masse de Pologne.
Loin, tout ça ? Non, les années 30.
La caméra cerne une famille polonaise qui se reconstitue autour du père, boxeur au rabais pour survivre, et le fils aîné. Beau gosse (c'est Jean-Marc Barr) et en révolte contre le système, celui-ci bouscule les choses. Une fille du pays l'émerveille, Alice la bien nommée (Maruschka Detmers), mais se dresse le mur du racisme entre communautés. Les jeunes gens se cachent pour s'offrir de tendres duos. Du "Travail au noir" pour l'Amour dans l'enfer minier et un peu de rose pour le récit.
Les malheurs s'enchaînent : rupture avec les siens pour lui ; mariage forcé pour elle ; grève et prise d'otages au fond, vengeance. Horreur de "la mine qui engloutit les espoirs individuels", lance Jean-Marc Barr, tout en romantisme noir.
Avec l'ultime scène, terme d'une fresque sociale poignante de bout en bout, Jean-Marc Barr et Maruschka Detmers incarnent de façon intensément combustive la détresse affective et la force morale de leurs personnages.
Les seconds rôles, notamment le Père Pavlack, ont une forte résonnance sur le plan social ou politique.
Cadrages, mouvements de caméra, ambiances : tout est maîtrisé et révèle l'implication totale d'Eric Barbier dans son film âpre et puissant. Un talent dont "Le Brasier" est le premier flamboiement !