Peckinpah Hardcore
Le film va diviser... Encore plus que d'habitude pour du Tarantino, mais sur le plan moral essentiellement, là où les précédents Tarantino décevaient également sur la forme, avec des films...
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le 25 déc. 2015
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Je ne voulais pas le voir. J'avais décidé depuis mon divorce avec Tarantino que lui et moi on devait s'éviter un certain temps... Mais voilà, j'ai des amis très insistants et je ne suis pas très têtue quand il s'agit de cinéma. En plus, ils étaient trop nombreux et j'étais en infériorité numéraire.
Bref : j'ai vu "Les 8 salopards".
Me voilà réconcilié (pour ce film au moins) avec celui qui à mes yeux était devenu un DJ (doublé d'un publicitaire) plus qu'un cinéaste. Je répétais à qui voulait l'entendre que si un jour je devais embaucher un disc jockey pour animer une soirée, j'appellerai Quentin Tarantino, mais que pour le cinéma j'éviterai sa compagnie.
Que voulez-vous, je suis rancunière. Il m'avez blessé Quentin. Il s'était moqué de mon goût de la narration, du beau verbe et de la sobriété. Il m'avez fait pleuré dans mon oreiller comme une midinette... Bref, mon coeur se remettait doucement de mon chagrin cinéphile.
Et le voilà entouré de Samuel Lee Jackson et Kurt Russell (au top de son art). Le voilà avec son ange pendu. Le voilà avec ses dialogues sans fin de la première heure (heure crispante par moment où j'ai failli quitter la salle mais me suis contenter de rire sous cape en me disant "il recommence le sagouin").
Mais voilà, il est resté sobre avec juste un thème musical du grand Morricone (et allez, je le lui passe une p'tite balade pop). Rien d'autre. Pas de musiques pillées, recyclées ou tonitruantes pour arracher au public son affection auditive à défaut de lui offrir un quelconque plaisir uniquement basé sur ses propres talents cinématographiques.
Donc, le voilà de retour Tarantino avec juste une histoire, simple, sobre, des acteurs qui font leur emploi, un casting qui a défaut d'être homogène tient à peu près la route, du cynisme, des mensonges, de l'âpreté. Le tout cousu d'un fil blanc (le chapitrage, la voix off, l'ambiance à la "dix petits nègres" de Christie, les retours en arrière) qui amuse et permet un recul salvateur.
Cette réconciliation vient peut-être d'ailleurssi j'y réfléchis. J'ai le sentiment que Tarantino est enfin aussi désabusé que moi. Parce que pour moi (depuis longtemps) la vie c'est un peu comme dans l'auberge de Minnie : un mouvement perpétuel dans un non-sens qui s'en fout. L'amour, la famille, les ambitions, les devoirs, les provocations, les rédemptions.. tout ça, ça finit pendu au dessus du vide et si vous voyez les ailes d'un ange, c'est juste des raquettes de neiges qui font une illusion d'optique.
Superbes lumières, une caméra aux mouvements fluides, beaux dialogues, belles compo dans presque toutes les scènes, une intro qui aurait pu être coupée de moitié au moins, une bonne montée en puissance, une des meilleures fin de westerns. Alors pourquoi un 6 seulement ?
Parce que même s'il a coupé le son, il reste chez Tarantino des réflexes de cinéaste trouillard. N'étant pas assez sûr de ses qualités il s'appuie encore sur des éléments de facilités : la violence esthétisée, le sang au rouge très graphique. Et si on stoppait l'hémorragie pour voir ce qu'il reste du talent ? Voilà, peut-être, la prochaine étape de la maturité... ou presque !
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Créée
le 20 avr. 2016
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