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Cela devient compliqué de s’y retrouver dans le tout venant de la production noëliste, maintenant que les plate-formes de SVOD s’y mettent également pour concurrencer la télé. Et comme toujours, le nivellement se fait rarement par le haut de la hotte. La plupart du temps, il s’agit de prêcher les bonnes valeurs morales à grand renfort de bons sentiments, d’amour, de réconciliation et de partage au sein d’un foyer de la banlieue WASP décoré pour l’occasion. Mais ces contes sirupeux souvent tiédasses laisseraient de marbre les ménagères les plus indigentes. Par conséquent, une large frange préfèrent tourner le dos aux mièvreries des bonnes cloches pour des films pervertissant l’esprit de Noël. Le cinéma de genre regorge de lutins farceurs, de bonhommes de neige carnassier et de pères Noël tueurs. Pourtant, cette production de Chris Colombus à qui l’on doit plusieurs des meilleurs films du genre (Maman j’ai raté l’avion !, Maman j’ai encore raté l’avion...), possède un argument de poids en la personne de Kurt Russell. La réalisation est ici confiée à Clay Keytis (Angry Birds) ancien animateur des studios Disney. Ses états de service lui accordent toute la légitimité nécessaire pour mener à bien cette entreprise. Et la présence du comédien dans le rôle du père noël avait bien de quoi rameuter les nostalgiques et bisseux.


Il y a d’ailleurs des signes qui ne trompent pas, puisqu’à chaque fois que l’acteur revêt sa barbe la plus proéminente, le film accouche systématiquement d’un chef d’oeuvre ou presque (The Thing, The Hateful Eight , Bone Tomahawk). Ce dernier n’a d’ailleurs rien perdu de son mojo, composant avec la badasstitude d’un Snake Plissken carburant au lait de poule pour livrer tous les cadeaux à temps sous peine de voir le monde occidentale s’effondrer dans une nouvelle ère de ténèbres faute d’avoir reçu leurs playmobil et action-man sous cellophane. Après une introduction un brin trop chamallow, la magie finira par opérer rapidement aussi bien grâce au comique de ses situations que par l’interprétation débonnaire et ronchon de Kurt Russell. L’acteur sait aussi bien réchauffer les cœurs en chanson aux côtés des clochards, criminelles et prostitués d’une cellule de prison qu’avec des réparties drôles et percutantes savamment distillés comme autant de « Ho Ho Ho » qu’il jure ne jamais avoir prononcé.


Au risque de s’attendre à un nouveau détournement du Found Footage, le film ne fait qu’en emprunter le dispositif à de rares occasions puisqu’il s’agira surtout de pouvoir justifier l’élément perturbateur de l’intrigue reposant sur l’utilisation de la caméra témoin. En effet, deux enfants en crise de confiance chercheront à tendre un piège au père Noël pour révéler son existence au grand jour et lui demander de ramener leur défunt père à la vie. Mais Saint Nicolas n’est pas Herbert West, et les miracles qu’il accomplit tiennent d’avantage à ses outils lui permettant d’assurer la tournée de jouets pour maintenir l’esprit de Noël assez haut, et livrer des blocs de charbons au pourcentage restant qui se sont mal comportés avec les gens. Cette mauvaise plaisanterie va néanmoins coûter cher à la livraison puisque le traîneau va s’écraser au cœur de Chicago, égarant la hotte aux cadeaux, le bonnet magique, et les rennes dispersés dans la nature. Pompon sur la Garonne, Santa Claus n’aura pas cru bon de prendre un autre couvre-chef de rechange. Heureusement dans sa déchéance, il sera accompagné par ces sales morveux qui vont l’aider à dérober une voiture de sport et semer autant de bonheur que de grabuge dans les rues avec la police aux fesses. Le plus dure restera néanmoins de convaincre les gens du bien fondé de ses intentions.


À l’instar de Santa & Cie d’Alain Chabat, Les Chroniques de Noël ne cherche pas à révolutionner la formule du feel good movie, mais le plaisir de retrouver Kurt Russel au diapason suffit largement à emporter l’adhésion du spectateur lobotomisé par les traditionnels rediffusions de Maman j’ai raté l’avion !. L’acteur semble éprouvé un plaisir non dissimulé, bouclant la boucle dans un rock’n’roll endiablé d’Elvis Pressley (Santa Claus is back in town) dont il avait revêtu la banane et l’outrecuidance dans le téléfilm de Big John (Le Roman d’Elvis), après avoir débuté aux côtés de la légende dans It Happened at the World’s Fair. Si les séquences d’actions se noient parfois dans une soupe numérique, les péripéties s’avèrent néanmoins suffisamment bien rythmés et exécutés pour inoculer une bonne dose d’esprit de noël à un public qui en avait désespérément besoin.


En cette période de festivités où il convient de se réunir en famille, d'ouvrir les cadeaux et de déguster une bonne pintade fourrée. L’Écran Barge vous propose de déterrer la hache de guerre en pervertissant l'esprit de Noël. Cette sélection de films saisonniers accompagnés de critiques virulentes et acerbes est donc réservés aux viandards, aux bisseux, aux tueurs de masses, aux durs à cuirs, aux frustrés et à tous ceux qui ne croient plus aux bons sentiments et à la paix dans le monde depuis bien trop longtemps.

Le-Roy-du-Bis
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le 12 déc. 2024

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