Cinq ans après le succès de Pitch Black, Vin et David ont convaincu Universal de mettre les petits plats dans les grands pour une séquelle maousse.
Entre temps, Vin est devenu une star mondiale ultra-bankable et David a réalisé Below, un chouette film de vaisseau-fantôme qui a hélas sombré... dans l'oubli. Mais Universal voit l'équation suivante. Vin Diesel + Suite + $ = Guaranteed Summer Blockbuster. Ils vont laisser toute latitude au duo pour concocter le cocktail. Seule ombre au tableau : le film devra être PG-13. (1)
Qu'à cela ne tiennent, ils prennent le deal, en demandant toutefois que leur version soit disponible en DVD. ( " Et vendre encore plus de DVDs !? Excellent !! " - Universal ) Et là, c'est le drame. Le film se plante au box office et il est le plus souvent tourné en " Riddickule " par une horde de cinéphages abrutis qui refusent d'y voir un putain de bon film d'Heroic Fantasy de l'espace, assez original et percutant.
Alors évidemment, le premier opus est meilleur, pour sa photo géniale, ses répliques cinglantes et son graphisme sans concession, mais de toute évidence, Twohy refuse de faire un simple Pitch Black 2. Son Riddick, il va l'emmener ailleurs... Un peu comme Tsui Hark avec son génial Legend of Zu : il reprend des figures de l'original pour livrer un film qui se tient tout seul et propose un renouveau au sein même du genre.
Si le personnage est dès le début fidèle à ses principes ( ou du moins à son absence de principes... ) il va être confronté à son passé.
Simple formalité de caractérisation de personnage dans Pitch Black, le passé de Riddick va ici jouer un rôle prépondérant : c'est à travers une réplique du premier film que va passer l'antagonisme entre le héros et le vilain. Ce dernier ayant eu vent d'une prophétie, il a décidé de tuer tous les Furyans histoire d'avoir la paix. Big Mistake. Riddick n'est pas du genre à sauver la veuve et l'orphelin mais s'il y a une chose qu'il ne tolère pas c'est qu'on le fasse chier ! Ce rapport n'est pas sans m'évoquer Lethal Weapon 2 : Riggs retrouve le mec qui a buté sa femme ( avant le 1 ) et le terrasse !
Dans le director's cut, Riddick voit même une sorte d'esprit de sa planète lui donner de précieuses informations sur son passé.
Non content de malmener ainsi son héros, David Twohy va sérieusement bousculer les conventions du Space Opera. Partant du principe que rien n'est dû au genre, il va se faire un malin plaisir de brouiller savamment les pistes.
Ce qui se remarque en premier c'est l'absence de pyjamas à la con, et le fait que l'Heroic Fantasy prenne vite le pas sur le Space Opera, mais ça ne s'arrête pas là : dans cet univers où l'on trouve des armes-à-proto-impulsions-electro-acoustiques-de-la-mort inhérentes au genre, il y a aussi une bande de bouseux avec un fort accent Russe qui continuent à favoriser la poudre à canon et les lances-roquettes, vieilles pétoires antédiluviennes au sein du film, mais jouissives dans une salle de ciné.
Jamais un film de l'espace n'a autant senti la sueur et le foutre.
Et puis en matière de seconds rôles, David Twohy va bichonner un improbable duo ( Karl Urban et Thandie Newton ) tout droit sorti de Macbeth. Le fidèle soldat de l'ombre tiraillé entre la soif de pouvoir de sa compagne et sa loyauté envers son indestructible chef est un adversaire pour le moins étonnant. D'ordinaire, le méchant-annexe est un gros bras à qui il convient de mettre la pâtée avant de rencontrer le Boss-de-fin, plus cérébral. ( Le chef d'œuvre de ce schéma étant bien évidemment Die Hard. ) Et bien dans Riddick, rien de tout ça. Le boss-cérébral de fin ( un Roi Duncan en puissance ) est capable de prouesses infographiques qui le rendent suffisamment difficile à battre physiquement pour que le méchant-annexe se voit offrir un autre rôle. Celui du traître bien aimé qui se fait voler la vedette au dernier moment par Riddick !
Ce final grandiose et tragique ( qui n'est pas sans évoquer Conan le Barbare - Le Héros tue l'homme qui a fait de lui ce qu'il est ) est plutôt original pour une suite-à-fric estampillée universal ( on n'aurait pas vu ça dans The Mummy Returns... )
Voilà les raisons qui font que, envers et contre tous les avis négatifs, j'adore Les Chroniques de Riddick. Il déchire.
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(1) Dans le cas des Chronicles of Riddick, le changement de rating est des plus cons, puisque le succès de Pitch Black était largement attribuable à son contenu graphique et idéologique et que naturellement, pour satisfaire l'audience d'une suite il fallait pas changer la soupe ! Et puis un bref coup d'œil aux entrées de Conan le Destructeur ( suite PG d'un film R-de-chez-R ) rend compte que ça n'est pas nécessairement un calcul savant !