Thriller teinté d'épouvante venu tout droit d'Islande, "I Remember You" (titre international de "Ég Man Pig") tisse une toile tortueuse en prenant appui sur deux intrigues dont, pour une fois, il n'est pas si aisé de relier les contours avant les toutes dernières minutes...
Encore sous le choc de la disparition inexpliquée de son fils, un psychiatre remplace un collègue médecin-légiste pour enquêter sur le suicide par pendaison d'une veille dame couverte de mystérieuses cicatrices.
En parallèle, un couple et leur meilleure amie restaurent une vieille maison en vue d'y établir des chambres d'hôtes sur une petite île isolée.
Tous vont être confrontés à des phénomènes étranges semblant trouver leur point d'origine dans une affaire non résolue datant de 1956...
Dès les premières instants, difficile de ne pas avoir l'impression de feuilleter les pages introductives d'un excellent polar nordique (en plus le film en est une adaptation donc forcément...) où le fantastique serait bien plus appuyé qu'à l'accoutumée. Attention, comme l'avait si bien dit le film "Crimson Peak", il ne s'agit pas ici d'une histoire DE fantômes mais AVEC des fantômes, ceux-ci ne sont en effet que des émanations du passé servant en quelque sorte de guides aux personnages pour comprendre la nature des tourments qu'ils sont en train de vivre et les amener sur la piste d'une potentielle guérison. Évidemment, cinématographiquement parlant, leurs apparitions vont servir aussi à livrer quelques petites frayeurs au spectateur (et la manière dont elles sont diluées dans un plus grand schéma les rend plutôt efficaces et inattendues, il faut le reconnaître) mais elles se feront rares et surtout ne seront jamais gratuites en amenant par leurs manifestations de nouveaux enjeux pour aider à la résolution de l'énigme au coeur du film.
En fait, plutôt que de tomber dans les facilités de l'épouvante contemporaine, le réalisateur Óskar Thór Axelsson préfère avant tout construire une véritable ambiance étouffante dont la noirceur fait écho à la détresse de ces personnages principaux dans la solitude des paysages islandais souvent austères à la présence humaine. Et ça fonctionne plutôt classiquement mais diablement bien, d'autant plus que le scénario délivre habilement ses clés sans jamais révéler trop tôt la serrure à laquelle elles correspondent. Toute cette histoire parvient astucieusement à maintenir en haleine jusqu'à sa résolution qui, chose rare, ne décevra pas en joignant complètement le fantastique à la réalité parfois plus cruellement absurde. L'ultime séquence sera à ce titre une espèce de conclusion parfaite à l'ensemble en nous laissant sur une note terrible de mélancolie noire qui semble résumer à elle seule le climat dans lequel notre regard sur "I Remember You" a évolué.
Un thriller fantastique, certes, mais où le goût amer de la réalité règne en maître pour mettre en exergue la condition tristement humaine de ses passionnants personnages qui l'habitent avant tout autre chose...