Les gamins de Bogota
Les gamins de Bogota

Documentaire de Ciro Duran (1978)

Film assez emblématique d'un genre pseudo-documentaire très en vogue dans l'Amérique latine des années 70. Sous des airs de documentaire-choc, mais des airs seulement puisque la mise en scène est assez prégnante, le réalisateur et sa caméra tremblante suivent les déambulations d'un groupe de gamins des rues de Bogota, que l'on montre en train de mendier, de chaparder, de ramasser des cartons et de dormir à même la rue. Du côté de la réalisation on sent une direction trop présente et certaines scènes un peu forcées, comme celle où Duran filme une voiture stationnée, zoome sur ses essuie-glaces avant que deux gamins entrent dans le champ et volent lesdits essuie-glaces, qu'ils revendront à un autre automobiliste un peu plus loin. Le fait de filmer de l'autre côté de la rue, en voulant forcer le côté caméra discrète voire cachée, prend des airs de faux et de mise en scène, en plus d'être horrible à suivre à cause des véhicules qui coupent l'image chaque seconde et du vacarme de la rue non filtré. Pour le côté immersif peut-être, et souligner l'horreur de ces conditions de vie ? Duran a sûrement voulu choquer le bourgeois européen des années 70 avec ce style "choc" mais c'est beaucoup trop superficiel pour être sincère. Aujourd'hui on appellerait ça du buzz et du voyeurisme.

Côté réflexion il n'y a pas grand chose à retenir. Une voix-off de temps en temps vient compléter l'image et donner la parole aux indigents. Duran dessine ensuite un avenir à ces gosses, à travers une séquence dans un centre de détention où l'on devine que vont finir les garçons et dans une zone de prostitution, puisque c'est là qu'échoueront immanquablement les filles. En tout cas c'est le message qui ressort à grands coups d'ellipses. S'en suit un dialogue avec quelques parents qui rejettent la faute sur la société colombienne et son conflit interne (La Violencia), comme s'ils n'avaient aucune responsabilité dans le sort de ces gamins qu'ils ont abandonnés. Le film conclue en apothéose sur les images d'une grosse manifestation, drapeaux rouges, poings levés, au chant des révolutionnaires cubains... Je n'ai pas compris le message final qu'avait voulu véhiculer Duran. Est-ce que l'Internationale doit sauver les gamins ? La misère est-elle la faute du Kapital ? Cette conclusion marxiste me conforte dans l'idée d'un film racoleur pour la gauche européenne des années post-68.

A noter que ce genre racoleur a été rapidement dénoncé par les sud-américains eux-mêmes, qui le nommeront pornomiseria et en feront un sous-genre du cinéma notamment colombien. On appréciera par exemple le satirique Agarrando Pueblo (Les Vampires de la pauvreté). Il faut souligner également que Les Gamins de Bogota est co-produit par l'INA français, et peut parfois prendre des allures similaires aux documentaires et entrevues proposés par la télévision française de la même période. Je mets malgré tous ces reproches au film de Duran 4 étoiles pour le pan documentaire sur la capitale colombienne des années 70 qui ressort à travers certains plans, avec tout le recul nécessaire pour appréhender son film.

Yushima
4
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Ciné colombien

Créée

le 21 mars 2024

Modifiée

le 22 mars 2024

Critique lue 63 fois

Yushima

Écrit par

Critique lue 63 fois

Du même critique

The Legend & Butterfly
Yushima
4

3h moins 12 pour Kyoto

Oda Nobunaga (1534-1582) est une figure centrale de l'histoire du Japon, le premier au cours de la période mouvementée du XVIe siècle à entreprendre l'unification du pays et s'emparer de la capitale,...

le 25 févr. 2024

3 j'aime

8

Ne coupez pas !
Yushima
4

Je me suis fait avoir

89 critiques avant la mienne, toutes unanimement élogieuses quand elles ne sont pas carrément dithyrambiques -- 10/10 non faut pas déconner ! M'étant laissé guider par les bonnes notes recueillies...

le 12 août 2023

3 j'aime

Hokuriku Proxy War
Yushima
8

Fukasaku termine un cycle

Voulu à l'origine comme un nouvel épisode de la série Nouveau combat sans code d'honneur, Fukasaku et Kōji Takada (l'auteur de trois des huit volets de la série) devront revoir leur scénario après...

le 14 mai 2023

3 j'aime

6