Très original à l'échelle du bout de la filmographie de Kiyoshi Kurosawa que je connais, en ce sens qu'il ne s'agit pas d'un film à forte composante horrifique ou fantastique. En revanche on retrouve la sensibilité toute particulière du réalisateur japonais pour raconter en douceur l'histoire un brin tragique de ce garçon de 24 ans se réveillant d'un coma de 10 ans. C'est un cadre excellent pour étudier un bon nombre de configurations originales et de situations chargées d'un sens très fort.
"License to Live" questionne dans un premier temps la confrontation du présent et du passé comme s'il était possible qu'ils coexistent, comme c'est le cas dans la tête de ce garçon, Yutaka Yoshii — enfant, ado, adulte, on ne sait pas trop. Kurosawa laisse beaucoup de place à l'imagination, de par la nature de sa mise en scène, par la présence d'ellipses, et il laisse progressivement se développer l'environnement du garçon, qui réalise, 10 ans après son accident, que sa famille a éclaté et que la maison familiale s'est profondément transformée avec un ami de son père, Fujimori (Kôji Yakusho).
C'est vraiment cruel de confronter ainsi les rêves et les aspirations d'un enfant de 14 ans dans le corps d'un adulte, se heurtant immédiatement aux impossibilités de ce monde bouleversé, comme si les rêves de l'enfance ne pouvaient plus trouver l'espace d'exister, brutalement. Ce personnage incarne une forme d'innocence parfaite en quelque sorte, pur dans sa volonté de recoller les bouts d'un passé qu'il n'a pas vécu, retrouver le temps perdu. Le temps des illusions dure ce qu'il faut, autour d'un tissu familial en reconstitution forcée et chaotique — l'image du père assis dans l'ombre, avec un très léger reflet dans ses lunettes, est une belle réussite. On a l'impression par moments que c'est un mort en sursis qui vient faire un tour du côté des vivants, comme l'évoque la tragique avant-dernière séquence. Juste le temps d'une récréation. Le rythme est un poil trop ténu pour rendre le visionnage vraiment agréable, mais c’est une nouvelle touche intéressante qui vient compléter le tableau de l’œuvre de Kurosawa.