Bon j'ai beaucoup de choses à dire sur ce film…
Alors j'ai pris le temps de lire, les avis des uns et des autres, je me suis dit que j'allais essayer d'étayer une argumentation favorable sur ce film, d'autant que je peux vous dire, c'est très curieux, mais le réalisateur à jouer sur des ressorts qui généralement me font fuir à une vitesse infinie au point d'en laisser mon écharpe sur le strapontin, vous avourez que c'est bien ballot, surtout pas ce froid qui pince. Bon je reprends, Ce qui est remarquable c'est que j'ai lu des critiques négatives qui articulaient leur réflexion sur les points suivants : l'utilisation de la musique, je suis d'avis que d'une façon générale la musique me pose un vrai problème au cinéma, elle souligne et/ ou accentue des situations qui sont déjà bien visible, souvent elle la paraphrase et on se dit que le réal a appuyé sur le bouton "émotion" de son grand tableau de bord. Il est vrai que je trouve ça vraiment pénible, J'aime bien Clint Eastwood mais l'utilisation de la musique dans Gran Torino sincèrement, me font lui dire "et mec ça va la chiale ?, t'es fainéant à ce point ?". Car voilà effectivement la musique est un peu un "truc de fainéant".
Bon passons à notre film : Depuis le début nous sommes à bonnes distances des personnages, le ton du film et c'est important de le souligner est d' un genre aigre-doux soutenu par le coté minéral de Lee(Casey affleck), les choses glissent sur lui, il n'a pas vraiment d'envie, on sent bien qu'il est pas vraiment inséré socialement, qu'il a du mal avec autrui et les situations qu'il vit sont décrites sur le mode de la tragi-comédie. Notre ami réalisateur décide de nous révéler assez tard dans le film le trauma de son personnage sous forme, non pas d'un flash back mais plutôt d'une réminiscence ce qui n'est pas vraiment la même chose. C'est à dire que ce flash back accompagne la pensée de Lee Chandler inscrit dans la chronologie du récit. En gros il se souvient… Lee est devant un avocat qui lui signifie qu'il devient le Tuteur de son neveu. Lee lui dit que c'est impossible, il ne peut pas. Début du souvenir, on est dans la tête de Lee. Il se rappelle de cette nuit tragique où par négligence alors qu'il allait chercher des bières à l'épicerie du coin, il n'avait pas mis le pare-feu devant la cheminée, conséquence : il revient chez lui sa maison est en proie au flammes, incinérant ainsi ses 3 enfants, sa femme en réchappant par miracle. Boum ! bon c'est du sérieux, ça rigole pas. Alors sur cette scène terrible notre réalisateur Kenneth Lonergan décide de nous gratifier de L'Adagio d'Albinoni. Et là suite à ce que je vous ai dit plus haut, j'aurai déjà en théorie plier les gaules et siroter une verveine avec une décoction de citron à la maison. Et bien point du tout, je suis resté poli. Voilà ce qui s'est passé dans ma tête : le début du film est très bien mené, c'est très bien monté (le film de ce coté est irréprochable) le ton de la comédie aigre douce me séduit et je me dis que j'ai affaire à un réal qui maitrise bien son sujet et que c'est quelqu'un d'intelligent. Alors quoi cette musique dégoulinante !? Et bien justement il l' utilise à fond et en entier si je ne me trompe pas ça doit faire plus de 4 minutes, mais là où il est malin le gars c'est que cette musique ne démarre pas, ni ne finit sur le drame, il fait des allers et venues entre le temps du récit et celui du souvenir et notamment des scènes saugrenues où la secrétaire de l'avocat propose un soda au neveu dans la salle d'attente et c'est précisément sur les différents niveaux de temporalité et de situations que s'inscrit la musique conférant à chacune des scènes une couleur différente ! moi je dis chapeau !
Encore une mécanique que notre ami réal dissémine tout au long de son film. Les personnages ont des difficultés avec ce qu'ils font : mettre un pantalon, fermer la fermeture éclair d'un blouson, mettre une capote, il y'a plein de "rush" comme on dit au Québec, tout au long du film. Dans la scène du drame la mère éplorée est évacuée sur une civière avec un masque à oxygène elle hurle, elle pleure et les brancardiers ont toutes les peines du monde à introduire la civière dans le camion, ça dure pas bien longtemps mais c'est là, c'est pas désopilant mais un peu ridicule et décale un peu plus cette musique lacrymale surpuissante
Grande qualité : les personnages. Ils ne sont jamais maltraités. J'avoue que pour certaines scènes j'ai eu très peur notamment celle où le neveu retrouve sa mère alcoolo repentie et son compagnon ultra catho pour un déjeuner de retrouvaille. La mère, à table, tourne en dérision, les us et les coutumes de sa foi retrouvée et tente de détendre l'atmosphère, mais elle révèle surtout sa grande instabilité et son propre malaise. et hop élipse ! on en rajoute pas plus. Il est fin ce Kenneth je vous dis.
Je pourrais encore parler longtemps de ce film, mais bon, y'a le feu sous la marmite. Pour toutes ses raisons chers amis je dois bien avouer que c'est un des films les plus fins qui m'a été donné de voir ses derniers temps.
Voilà gros bisous…