Voyage au pays des poulpes géants
Gareth Edwards est encore un illustre inconnu dans le monde du cinéma quand il sort son Monsters. Encore un énième film de monstres a-t-on envie de se dire? Que nenni! L'oeuvre surfe plus sur le road-movie contemplatif et naturaliste que sur le film de science-fiction ou d'horreur. Les monstres étant avant tout une excuse pour parler des deux héros.
Samantha et Kaulder sont mal dans leur peau. C'est la première chose qu'on retirera à force de les côtoyer. Sam est fiancée, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que la passion ne semble plus là. Kaulder est père d'un fils et il ne peut le voir en tant que papa, mais comme un ami. En effet, cet enfant est issu d'une union d'à peine deux mois avec une demoiselle qui lui apprendra deux ans après leur séparation qu'il est père.
En fait, cette zone infectée pour retourner vers les USA leur permet de vivre l'aventure, de photographier les gens et la nature durant tout le trajet. En fait, des monstres, on n'en verra pas grand chose. Souvent de nuit et avec une dernière apparition montrant leur reproduction. En fait, les monstres ne sont pas vraiment les ennemis. Ils sont devenus agressif suite aux attaques humaines pour les contenir, mais sont avant tout des animaux comme les autres. Et pour Sam et Kaulder, la dure réalité se trouve dans la vie de tous les jours avec un plan final où Sam dit qu'elle ne veut pas rentrer chez elle et les soldats séparant leurs deux héros, marquant là un destin brisé.
Evidemment, le film ne s'arrête pas à la simple histoire de romance entre les deux héros. Il y a quelques messages sous-jacents, souvent grâce à quelques phrases: la question du photo-journalisme et des dérives qui peut en découler (voyeurisme, profiter du malheur des autres), l'Amérique qui se replie sur elle-même, l'adaptation de l'homme face à la nature, etc.
En plus de cela, Edwards a le chic pour rendre hommage à un grand cinéaste qu'est Werner Herzog et plus particulièrement à Fitzcarraldo pour le voyage en bateau et à Aguirre, la colère de Dieu pour cette balade en pleine jungle et également ce navire que l'on retrouve dans les arbres.
Evidemment, tout n'est pas parfait, ça reste un premier film. Quelques bémols dans le scénario comme une utilisation parfois trop prononcée de la romance entre les deux protagonistes, des dialogues parfois creux, une musique trop souvent présente, des plans parfois répétitifs.
Mais il existe chez ce cinéaste un potentiel et il serait très intéressant de voir ce qu'il peut faire dans le futur. Monsters est un film agréable, dans la lignée des Cloverfield et District 9 tout en se démarquant, proposant un film de monstres totalement différent. Les amateurs d'action et de sensations fortes seront déçus. A noter qu'un gimmick permet de faire le lien entre le début et la fin du film, pour donner une idée de ce qu'il peut advenir de Sam et Kaulder.