Voilà une comédie bien étrange. D'abord parce que ce film contient plusieurs morceaux de "Queen", et pas forcément les plus connus. Ensuite, et surtout, pour son humour aussi surréaliste que malsain.
Et bien oui, quand au beau milieu d'une petite séquence comique musicale avec plusieurs actions des héros qui s'enchaînent (typique des comédies US) un personnage déclare que jouer au méchant c'est pas joli et qu'il se prend un shoot d'héroïne, y a de quoi se demander comment un tel film a pu voir le jour auprès d'une major. Pour l'anecdote, les producteurs ont jugé le film bien trop glauque une fois monté, et ont donc demandé à l'auteur d'en faire une version plus légère ; lors des projections-tests, les spectateurs étaient si peu enthousiastes que les producteurs se sont ravisés, quitte à produire un film dont ils ne sont pas fiers, autant au moins ravir le réalisateur en lui laissant le final cut. Et je dois bien dire OUF, car ce sont ces petits moments de politiquement incorrects qui donnent plus de force au film. Mais pas que, et heureusement.
La structure narrative, bien que classique en soi, parvient à surprendre le spectateur par la façon dont les évènements se produisent. On devine donc la majeure partie de l'intrigue, mais la façon dont, par exemple, le couple se forme à la fin est franchement inattendue... comme tout le happy ending final en fait. Mais ce que je critique là, ce n'est pas neuf. Ce qui fait qu'un film fonctionne ou pas, peu importe le genre (comédie, drame, western, ...) ce ne sont pas les idées en soi, mais plutôt la façon de s'en servir. Si on décidait de ne plus refaire le même film avec des mêmes idées, on ne ferait plus rien, or le cinéma se poursuit inéluctablement et procure toujours autant de plaisir. Pourquoi ? Parce que justement une même histoire d'amour sera dépeinte différemment. C'est un peu comme un sujet de peinture, deux peintres auront forcément un résultat différents du fait qu'ils ont des techniques et des points de vue différents. C'est pareil pour un film. Et ce qui fait l'intérêt de ce "Observe and report", c'est vraiment la façon dont Jody Hill va de A à B.
Il en va de même pour l'humour. J'aime toutes sortes de comédies. De la plus fine à la plus vulgaire. Pour moi le principe est le même, le travail du mot est similaire à celui du corps. Ce qui fait qu'un gag marche, ce n'est donc pas le gag en soi, c'est le contexte. Et tout le travail d'un auteur, c'est de créer un contexte. Un mec qui pète, ce n'est pas drôle. Maintenant, placez ce mec en pleine réception de mariage, c'est déjà un peu plus drôle. Décidez qu'il s'agit du curé, c'est encore plus poussé. Plus vous donnez corps à votre gag et plus drôle il sera. Les comédies qui ne m'ont pas fait rire sont justement du genre à ne rien approfondir. "Arrested development" est pour moi l'exemple type d'une mauvaise comédie du fait que les gags déboulent sans lien apparent entre eux. On passe du coq à l'âne, et ainsi il est impossible de créer un contexte. Ce sont des gags éclairs qui ne méritent aucune empathie vu le peu de créativité d'écriture.
"Observe and report" jouit donc d'un scénario plutôt bien écrit dans la façon d'utiliser des codes, des clichés, des gags. On n'échappe pas à quelques chutes de rythmes du fait que certaines parties sont trop étirées narrativement parlant, mais la jouissance atteinte est telle pour certains gags que l'on en oublie ces petits défauts. Les personnages sont assez bien écrits. D'ailleurs en ce qui concerne le rôle principal, j'aurais cru qu'il était écrit pour Danny McBride vu qu'on retrouve bien son personnage habituel de salopard pas entièrement con alors qu'en fait non, Jody avait bien Seth Rogen en tête, alors que le rôle du flic revenu à Ray Liotta (excellent) était à la base prévu pour... Danny !
Côté mise en scène, c'est assez bien foutu, Jody sait manier sa caméra et transcender ses gags. Ne fut-ce que la scène d'ouverture et la scène de fin dans les galeries marchandes valent le coup. Les acteurs sont très bons aussi. Au départ j'étais sceptique par rapport à Seth Rogen, sans doute trop pris par mon envie d'y voir un Danny McBride flamboyant, et puis finalement le bougre parvient à donner le change, à justifier sa présence. Il faut dire que c'est à partir du moment où l'on met en évidence les failles du personnages, à savoir sa bipolarité, sa mère alcoolique (quand je vous disais que c'était glauque), que le côté nounours de l'acteur devient pertinent.
Bref, j'aime beaucoup Jody Hill : "The foot fist way" était déjà un OFNI en soi, il va plus loin avec "Observe and report". J'aime beaucoup "Eastbound and down", mais je trouve que, assez paradoxalement, il semble avoir moins de liberté pour composer des moments aussi bizarres, aussi malsains parce que drôles et dégueu en même temps. J'espère qu'il refera un film un jour, en attendant un de ses scénario sera porté à l'écran par Jared Hess ("Loomis Fargo" avec la jolie Kristen Wiig et Owen Wilson).
Bonus : http://image.noelshack.com/fichiers/2015/12/1426806425-observe-and-report.jpg