Mais que c'est bon de temps en temps de se détendre devant un film où le propos graphique suffit à se laisser emporter sur une bande-son légendaire. Si le plot n'est pas évident et qu'il faut savoir lire entre les lignes pour y trouver de la nuance, The Wall me rappelle ma place de spectateur. Ce pourquoi j'aime le cinéma et animation. Il me transporte, me fait rêver, mais également m'indigne et me révolte dans sa représentation de l'injustice et de ses dénouements.
Vous l'aurez compris : j'adore ce film. Et dans la pure tradition de ce site, c'est précisément pour cela que je suis venu lui chercher des poux. Si chaque frame pourrait faire l'objet d'une analyse d’œuvre à parti entière, ce qui semble de prime abord être un énorme point fort de ce film peut en rendre le visionnage désagréable. De fait : c'est très intense.
Face à cela, le spectateur est forcé à un choix entre deux comportements de visionnage. Le premier est de se laisser aller, mais de perdre de vue la nuance du propos et le développement narratif. Le second est de basculer dans l'analyse paranoïaque et révoltée de chaque seconde à l'écran. Ce dualisme est, pour moi, tout à fait intentionnel et volontaire pour deux grandes raisons. Tout d'abord, il est militant. Il pose la question suivante.
« Que feriez-vous face au fascisme ? »
Seriez-vous de celles et de ceux qui acceptent leur condition, pour qui la beauté confuse de la critique radicale qui justifie le plus horrible ? Ou au contraire, basculeriez-vous envers et contre tous dans la critique radicale et paranoïaque qui caractérise la conscience des résistant-e-s ?
La seconde raison, plus subtile, que seul-e-s les consommateur-ice-s comprendront au premier visionnage, est de mimer notre réaction cognitive face à la prise de drogue. Écrasé-e-s par nombre d'évènements cognitivement incohérents liés à une altération de la réalité se pose une seconde question.
« Comment réagiriez-vous si vous n'étiez pas sobre ? »
Soyons clair-e-s : je n'incite aucunement à la consommation de stupéfiants. Là n'est pas mon propos. Je souhaite simplement relever que ce choix forcé entre la tranquillité neuro-chimique et l'anxiété sur-réflexive se retrouve au visionnage du film et qu'il y réside probablement un propos sur la prise de drogue et son expérience. Ainsi, si cela n’a échappé à personne que dans The Wall fascisme, consommation et célébrité sont bel et bien des drogues à la nocivité évidente, peut-on affirmer la réciproque ?
Nous voilà devant une conclusion plus subtile et platonicienne sur certains aspects : Il existe un monde derrière le mur. C’est celui qui, aujourd’hui, occupe nos rêves. C’est celui dans lequel l’écolier brûle son école pour ne plus avoir cours. Celui dans lequel l’adulte, ivre, y retrouve son imaginaire d’enfant. Son hétérotopie personnelle de la libération collective qui sert à la fois de réquisitoire et de plaidoirie pour le fascisme.
Ainsi orné de Mercedes-Benz, de machines à laver, de lecteurs cassette et de bateaux de luxe, ce mur artificiel rappelle les causes de l'enfermement dans l’aliénation chimique et politique qui caractérise les sociétés capitalistes modernes 7 ans avant la chute du mur de Berlin. Car comme ce dernier, ce mur n’est pas plus une prison qu’un monument à détruire.
Un propos toujours actuel dans nos sociétés de crise.