Une critique ce n'est jamais objectif. On a tous nos trucs. Ceux qu'on aime, ceux qu'on déteste, ceux qui nous irritent au-delà du raisonnable.
Ici, on est dans le cas d'un film tranche de vie sur un jeune homme qui se confronte à un foyer dans lequel des enfants sont placés. Pile poil un sujet qui me touche. Et dans ce contexte, le film n'a pas besoin d'être exceptionnel pour me toucher droit au coeur.
Tiré d'une histoire vraie, discrètement attestée par les photos au générique, on suit Elias qui oublie sa carte d'identité le jour du concours d'entrée à Science Po et qui, pour mettre un peu d'argent de côté va devenir éducateur dans un foyer. Premier point d'importance ici: Elias n'a aucune formation. Aucune connaissance préalable. Et il est jeté dans le grand bain, présenté à ses collègues entre deux claquements de portes, entre deux conflits latents, entre deux situations familiales compliquées.
Tout d'abord dérouté, il se laisse peu à peu séduire, jusqu'à faire passer son boulot avant tout le reste. Seules persistent les révisions pour le concours.
Elias se laisse emporter parce que son travail devient soudain d'apprendre à des enfants à devenir adultes, en accéléré. Un enfant qui fête ses 18 ans peut être du jour au lendemain éjecté du foyer dans lequel il vivait. Et vivre dans un foyer c'est loin d'être le rêve mais c'est mieux que sous un pont ou sur un trottoir.
Les acteurs sont juste. La réalisation est classique, sans emphase ni effet de manches. La bande-son est évidemment très marquée.
Mais franchement peu importe tout ça. Ce qui compte c'est que le film survole la réalité derrière les éléments qu'il évoque.
Combien d'enfants placés?
Combien qui ne rêvent que de fuguer?
Combien de juges submergés par des dossiers qu'ils ont à peine le temps de survoler?
Combien d'éducateurs auto-proclamés, qui finiront par craquer?
On oublie facilement cette réalité. Parce que nous vivons dans un pays riche. Parce que les adultes sous les ponts, on les voit, mais les jeunes qui s'y retrouveront demain, eux on ne les imagine même pas.
Alors oui, j'ai aimé ce film. Mais je reconnais volontiers qu'il ne fait qu'effleurer la surface et traite sans doute avec trop de légèreté un sujet pourtant grave, aux problématiques multiples et complexes.