Il y a l’ambiance, le sens du cadre, les acteurs, le score qui va du swing au jazz en passant par la guitare langoureuse typique, allant même jusqu’au flamenco avec les deux danseuses qui apportent au bar « Madrid » toute sa chaleur. Il y a la sensualité, le sexe, discret mais sous tendu, la femme que l’on aime et celle dont on hérite un peu par hasard, héritage d’une fin de parcours assagie mais difficile. Il y a les montées de violence 70s un brin vieillottes mais tellement énervées, toujours accompagnées de touches créatives pour laisser son petit effet (les masques, les mannequins, les poules, la contre plongée de l’empoignade, la flaque d’eau imprégnée de sang et ce zoom vers le visage de l’assassin travesti (transsexuel ?), etc). Il y a donc beaucoup de petits gourmets pour le cinéphile amateur de polar/Yakuza-eiga 70s stylé mais on ne peut pas dire que le scénario porte bien plus loin l’ensemble, comme souvent avec Gosha tout à fait personnellement, même si c'est déjà pas mal, pourra-t-on redire. Il se révèle tout à fait classique dans sa construction et semble même très longtemps avoir du mal à décoller en dépit de ces petites envolées régulières plus ou moins transgressives et créatives qui savent mettre du goût mais ne suffisent pas à en faire un chef d’oeuvre, tout comme ces visages de rebelles impassibles qui fleurent bon l’exploitation ne sortent pas vraiment le film des rails bien connus.
Oui mais voilà, il y a ces 5 dernières minutes, capitales. La fin parfaite qui, sans s’envoler davantage dans le visuel, parvient très simplement à cerner le propos de Gosha. ***spoiler*** Ce passage d’une ère à l’autre, ce moment où les vieux rebelles burinés qui ne savent jeter l’éponge passent malgré tout la main à une puissance plus discrète faite d’hommes d’affaires sournois, pour ne pas dire de couilles molles, qui s’emparent du pouvoir en laissant les vieux chiens enragés de la rue se terminer entre eux. ***spoiler***
Cinq minutes finales limpides où Gosha montre très clairement son affection pour les vieux bagarreurs à l’ancienne, au visage plein de vécu, des hommes qui connaissaient l’honneur et savaient rentrer dans le tas comme personne. Mention à Bunta Sugawara qui fait son petit passage à la cool, aide son pote à grands coups de fusils à pompe en écoutant sa radio, et repart tranquillement le job terminé.
Un peu trop balisé et entendu sur les bords donc si je dois donner mon avis, mais un sympathique moment malgré tout qui offre une seconde partie plus nihiliste, motivante et visuellement intéressante. Moins grandiose et massif que son précédent "Les loups", au budget incomparable, mais le charme est encore là.