"« À force de danser avec le diable, un beau jour, il viendra te chercher chez toi. » C’est la promesse qui suit le pitch mystérieux de Sinners, une invitation à danser jusqu’au bout de la nuit. Et si le jeu du home invasion par des vampires a déjà séduit les amateurs de frissons, il ne faut pas écarter le contexte historique de la Prohibition, servant de socle à Ryan Coogler pour rendre hommage à la culture afro-américaine basée au Mississippi, terre d’origine de son grand-père maternel. Le cœur du film se situe là, quelque part entre la double ration de Michael B. Jordan et la musique endiablée du blues, qui rythme une soirée sanglante en huis clos."
"Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt… et aux pécheurs. Presque une bonne heure d’exposition nous transporte au début des années 30, où les frères jumeaux Smoke et Stack nous servent de guide à travers leur Mississippi natal. Un retour au bercail marqué par la mélancolie infusée par les mélodies de blues, des deuils non résolus et par une crise nationale où l’alcool n’est pas la seule chose prohibée. Les frères de sang et frères d’armes ont souvent eu à pactiser avec les diables dans l’Illinois pour acquérir leur fortune et pour pouvoir négocier à armes égales avec l’Homme Blanc. De retour dans leur ville de naissance, où ils ont laissé les beaux et les mauvais souvenirs se décomposer, les jumeaux souhaitent ouvrir leur propre club de blues pour s’offrir un espace intime pour jouir de leur liberté."
"Arrive alors une bascule attendue, sous-entendue avec beaucoup de sang-froid par les images promotionnelles, où l’appel du sang convoque des vampires à la soirée organisée par les jumeaux. Coogler a donc bien révisé les codes du monstre popularisé par Bram Stoker pour ajouter de la profondeur aux personnages. En plus de jouer la fameuse « invitation », requise par les suceurs de sang pour une dégustation à domicile. L’intrusion du fantastique ne doit en aucun cas occulter la philosophie d’un film qui joue énormément sur la dualité et cette misère ambiante qui empêche ces nouveaux marginaux de s’inscrire dans une société qui porte encore les stigmates de la ségrégation."
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