Pour son second long-métrage après Shotgun Stories (2007), Jeff Nichols a décidé de traiter le sujet sensible de la maladie mentale, sur fond de catastrophe climatique programmée par un protagoniste brillamment interprété par Michael Shannon. Vous ne serez pas à l'abri de Take Shelter...
Foreur dans une petite bourgade des États-Unis, Curtis LaForche mène une vie paisible aux côtés de sa femme et de sa fille, jusqu'au jour où il est sujet à des terreurs nocturnes. Rapidement Curtis bascule dans la paranoïa, persuadé que ses cauchemars sont des prémonitions d'une violente tempête visiblement sur le point de survenir. Il décide alors contre vents et marées de protéger sa famille en construisant un abri anti-tornade, tandis que son entourage s'inquiète de sa santé mentale...
Pour aborder un sujet aussi sensible que celui de la maladie mentale, le réalisateur Jeff Nichols place son personnage dans une spirale auto-destructrice qui survole toutes les préoccupations de «l'américain moyen» : pouvoir d'achat, couverture maladie, sécurité de l'emploi...à tel point qu'on se rend vite compte que le moindre souci de santé peut rapidement se transformer en cauchemar du quotidien. Le personnage principal doit alors affronter le basculement mental dont il est soudainement victime, tout en essayant de protéger sa femme et de soigner sa fille, atteinte d'une surdité totale.
Nichols aurait ainsi facilement pu tomber dans le mélodrame ennuyeux, mais à l'inverse il réussit avec brio à plonger le spectateur au cœur même des angoisses du personnage principal ; la lenteur de certaines scènes vient s'ajouter à cette sensation d'étouffement que l'on ressent face à la dégradation de l'état de santé psychique d'un homme sans vraiment comprendre ce qui lui arrive réellement. Certaines scènes sont très fortes, notamment celles dans lesquelles on s'aperçoit à quel point le personnage sombre dans la folie.
Par ailleurs, le flou entre rêve et réalité qui s'installe tout au long du film rend l'intrigue encore plus forte, et on reste accroché jusqu'à un final qui laissera certains perplexes.
Basé sur un thème largement usé au cinéma (on ne compte plus le nombre de films qui traitent de la paranoïa), Jeff Nichols réussit tout de même à donner avec ce second long-métrage un nouvel angle de vue sur le sujet. Si vous pensez voir un film catastrophe, détrompez-vous. Mais vous ne sortirez tout de même pas indemne de Take Shelter.