Depuis que j’ai vu la vidéo de la chaîne Rigolo sur Coluche, les clowns tristes et ce qui reste une fois qu’on a arrêté de faire rire, je voulais voir Tchao Pantin. Ce que le film réussit dès les premières scènes, c’est ce subtil équilibre entre des éclats de vie presque tendres, et une résignation sourde, poisseuse. Le film traite de la rencontre et de la relation improbable qui se noue entre Lambert et Bensoussan. Le premier, alcoolique, mutique, enfermé dans sa morgue, n’attend plus rien. Le second, petit voyou à la débrouille, a encore des envies, des élans. Il drague, trafique, tente de se faire une place. Ce contraste, ce croisement de deux solitudes, fait toute la force du film. Et quand l’inévitable arrive, Lambert se réveille, violemment. Marqué par une tragédie personnelle, Lambert trouve presque une nécessité à se mêler de nouveau à ce monde dur et désenchanté.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la manière dont Claude Berri filme ce Paris du début des années 80 : pas celui des cartes postales, mais un Paris plus brut, plus terne, qui sent la fin de quelque chose. Ses rues grises, ses recoins oubliés, ses stations-service en veille permanente… Pas de misérabilisme, pas de misère grandiloquente non plus, mais une réalité urbaine à hauteur d’homme, presque douce-amère.
Mais le film est surtout et avant tout porté par Coluche. Bien sûr, on ne l’attendait pas là. Et pourtant, il est d’une justesse bouleversante. Son corps fatigué, sa gestuelle ralentie, son regard toujours un peu ailleurs, tout exprime cette lassitude du monde. Un homme qui a trop vu, trop compris, et qui a choisi de ne plus se battre. C’est fort, parce que ça va à l’encontre de ce qu’on connaît de lui, et en même temps, ça dit peut-être quelque chose de profondément sincère sur lui. Anconina, face à lui, fonctionne à merveille. Il apporte ce qu’il faut de naïveté, d’énergie, de contradictions aussi.
Tchao Pantin est un film profondément inscrit dans son époque. Il parle d’un Paris qui se transforme, d’une société qui se durcit : la montée de la drogue, le racisme ordinaire, les marginaux qu’on croise sans voir. Il y a de la nostalgie, oui, mais pas de complaisance. Le film n’est pas là pour juger, ni pour proposer un salut. Il regarde, il accompagne, il constate. C’est peut-être ce qui le rend à la fois fort et désespéré. On pourrait lui reprocher un certain flou – entre film noir et chronique sociale – ou une absence de message clair. Mais c’est justement cette ambiguïté qui en fait, à mes yeux, une œuvre intéressante. Pas militante, pas larmoyante, juste profondément humaine, avec ce qu’il faut de désillusion pour marquer durablement.