Vu dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives".
Film en lice pour la compétition longs métrages.
Ce brillant long métrage est une dystopie sur un futur marqué par l'apocalypse climatique, qui comme toute dystopie, prend comme base des questions sociétales qui font écho avec notre temps et notre monde pour les pousser jusqu'à l'extrême, jusqu'au point de non retour.
Dans ce monde futuriste qui ne tient encore de la science fiction qu'à un fil, l'humanité a rendue l'immense majorité de la planète invivable. Seule une fraction infime de la terre protégée des éléments extérieurs par autant de dômes, de murs et de restrictions d'accès qu'il est possible d'imaginer, a le privilège de rester habitable. Ce privilège a été accaparé par une élite auto-proclamée qui a instauré en son sein une utopie techno fasciste qui met autant de zèle à interdire aux quelques survivants du chaos vivant en dehors de cette zone son accès, qu'à régenter tous les aspects de la vie de celles et ceux qui y vivent.
L'un de ces nombreux points de mise en coupe réglée des libertés individuelles concerne le contrôle des naissances. Dans un monde où les ressources sont rares, on serait enclin à penser qu'effectivement l'éventualité d'une surpopulation mènerait à un désastre encore plus grand, mais on verra que ce genre de choix radicaux n'empêche pas les paradoxes comme le bond fait par la médecine gériatrique qui permet dorénavant une espérance de vie très longue, et qui plus est épargnée des aléas de la vieillesse. Si les exemples de films où le problème de la surpopulation est résolu par l'élimination plus ou moins volontaire des éléments âgés sont pléthores, Soleil vert , plus rares sont ceux qui font le choix du sacrifice des générations futures pour permettre le maintien des anciens. Un maintien qui en devient porteur d'une idéologie opposée de facto à toute velléité de réforme, de progrès, une idéologie de l'élite à laquelle rien ne peut, ni ne doit s'opposer. Une idée des privilèges qu'elle accumule mais à quel prix ? On peut dès lors entendre le film comme une relecture du livre d'anticipation d'Aldous Huxley "Le meilleur des mondes".
C'est dans ce contexte, déjà très puissant en termes de symboles politiques, qu'un couple qui a répondu aux nombreux critères - dont on ne saura jamais la teneur - pour être éligible à la parentalité, va devoir durant une semaine accueillir une contrôleuse dont la mission est d'observer in situ le couple aspirant parents pour entériner la délivrance ou pas du fameux certificat qui leur autorisera à devenir père et mère en usant de méthodes de procréations assistées, la procréation naturelle étant rigoureusement interdite. Cette agente du système précisant que sa décision est irrévocable et sans appel.
Ce sont donc à ces quelques jours auxquels nous assistons et ces journées vont autant soulever les questions légitimes d'un couple quant à ses aptitudes à élever un enfant, que sur sa réelle volonté à le faire, que de questions sur les limites morales et sociales d'un tel contrôle. Alicia Vikander délivre une prestation surprenante, intense, maîtrisée où elle endosse tour à tour la rigueur de sa fonction, la légèreté enfantine ou l'aura sensuelle de la féminité, dans le dessein de cette évaluation dont le déroulement et dans ce qu'elle veut montrer ou provoquer chez le couple n'apparait pas comme le piège le moins retors.
Contraints par le caractère impératif de réussir cette évaluation, le couple en arrive à accepter des comportements et des épreuves discutables et quand l'un ou l'autre a une réaction qui nous apparait comme normale et même saine par rapport à ce qu'ils endurent, on a malgré tout l'inquiétude que ce ne soit cette réaction qui cause à la fin la non validation du projet. Cet inconfort cognitif que nous procure le film n'est pas sans évoquer la célèbre expérience de Milgram et nous interroge sur les limites de notre acceptation des consignes venues d'une hiérarchie ou d'une représentation de l'autorité.
Film puissant, dont les différents niveaux de lectures et d'analyses politiques ne sont pas l'unique qualité. Film jouant sur la tension du thriller, le vertige d'un futur possible loin d'être fantasque, ménageant par des saillies humoristiques ou des affects de la comédie romantique à son spectateur de délicieux moments de respiration. Film d'une très grande maîtrise formelle, tant en termes de mise en scène, de montage ou de photographie le film est difficile à mettre en défaut.
Si je devais lui trouver une faiblesse, j'irai vers le jeu de Himesh Patel qui joue l'aspirant papa, non pas qu'il soit mauvais, mais il a en face de lui deux actrices en état de grâce, Alicia Vikander déjà mentionnée et Elizabeth Olsen absolument fabuleuse qui l'éclipsent grandement.
Il est vraiment regrettable qu'en dehors de quelques festivals ce film ne bénéficiera pas d'une sortie en salle, mais ne sera disponible que sur plateforme.