Faire un film, c'est l'occasion de s'exprimer, d'apporter sa pierre à l'édifice. Certains s'en fichent et font des films juste pour le fun, et dans ce cas on dira que l'inconscient parlera pour eux. D'autres ont envie de parler de choses, mais ne semblent pas vraiment connaître leur sujet et y mêle donc un peu n'importe quoi, tout en ayant soin de garder son cul entre deux chaises. The mysteries of Pittsburgh appartient à cette dernière catégorie.
Ca ne raconte rien. On sent la volonté de raconter quelque chose mais c'est mou. L'auteur tente de parler des difficultés du passage à l'âge adulte, des doutes qu'un ex ado peut avoir sur sa personnalité et... sa sexualité. D'accord pourquoi pas. En règle générale, pour intensifier un conflit internet (les doutes) rien de tel qu'un conflit externe (par exemple une racaille le traite de PD et le tabasse). Ici, l'auteur ne présente que du conflit interne ce qui est beaucoup plus difficile à gérer car juste voir des gens se prendre la tête tout seul, c'est pas vraiment amusant. Alors si on choisit cette option, l'auteur se doit de creuser très en profondeur son personnage, d'être clair dans ses choix, éviter l'ambiguité et surtout se montrer original dans ses scènes, ne pas se contenter de montrer des choses déjà vues mille fois (comme par exemple des ado qui s'amusent dans une piscinne abandonnée, la nuit venue).
Hélas! L'auteur remplit toute la liste de choses à ne pas faire. Les problèmes de sexualité ne sont pas vraiment clairs. Et quand enfin le personnage prend une décision, on est un peu surpris on ne s'y attendait pas. Ensuite le scénariste, il n'en fait rien de cet élément intéressant. Et puis tout reste plat, insignifiant. Puis le scénariste semble péter un plomb et décide d'amener un côté un peu thriller par moment, ilse dit que comme ça, ça fera plus cool. Mais ça ne colle pas, en plus il essaie de donner un ton réaliste qui ne prend jamais et tombe finalement dans des clichés peu serviables.
Si au moins l'esthétique du film n'était pas typique du film d'auteur. Enfin il y a deux esthétiques de film d'auteur. Celle du film fauché, du coup on surenchère dans le filtre bleu, et ensuite celui du film d'auteur qui veut faire comme les grosses prod : là on a un ton nettement plus chaud. Ca donne des films comme Big Fish, les derniers Rob Reiner, les films des frères Coen. C'est vers cette esthétique que ce film ci tend. Alors là pareil, il faut bien travailler sa caméra pour se démarquer si pas faut que l'histoire soit vraiment chouette. Ce n'est ni l'un ni l'autre ici. L'esthétique devient alors juste gonflante à la limite de la prétention ; une mise en scène plus simple et plus honnête surtout pour un sujet aussi délicat aurait mieux fonctionné (en plus ça aurait renforcé le côté thriller).
Bref, si vous voulez voir un film sympa sur des jeunes qui se prennent la tête, qui ont des doutes sur leurs capacités et leur sexualité, optez plutôt pour 'une fille, deux garçons, trois possibiliités'. Ce n'est pas un chef d'oeuvre mais l'histoire est plus honnête que 'The Mysteries Of Pittsburgh'.