Toutes peines confondues par Maqroll
Michel Deville verse là dans un genre qu’il n’a pas souvent exploré, le polar à la française, avec investigation psychologique soutenue des personnages et des ressorts qui les animent. Dans un premier temps, on se dit que l’histoire est confuse et qu’il y a une erreur de casting : Bruel en flic et Dutronc en gros bonnet de la pègre, ça sonne faux… Et puis la magie de Deville opère : l’histoire s’éclaircit, les ressorts apparaissent peu à peu et on s’aperçoit que, finalement, le choix des acteurs (toujours aussi superbement dirigés) est conforme aux intentions de l’auteur. C’est finalement une grande histoire d’amour ambiguë qui lie deux hommes aux multiples facettes et au passé torturé, rapprochés par la fatalité (et par un agent d’Interpol aux allures d’ange démoniaque interprété avec subtilité par Vernon Dobtcheff), qui s’achèvera dans un compromis mortel. Il y a bien sûr une femme qui les unit et les sépare tout à la fois, une femme au double jeu, fragile et forte, douce et sans illusions, incarnée par Mathilda May qui trouve là un de ses meilleurs rôles. La fin est très forte, laissant les vivants et les morts dans une espèce d’égalité vertigineuse devant l’implacable destinée.