Quinzième mission pour l'agent 007, Tuer n'est pas jouer marque un tournant dans la saga James Bond.
Ce film est l'occasion de découvrir Timothy Dalton dans le rôle du célèbre espion, après plus de dix ans et sept films de Roger Moore (quel calvaire). Un véritable lifting pour l’agent secret britannique, qui se voit offrir une nouvelle approche plus sombre, plus froide et plus directe. Fini les moments trop clownesques des années Moore, ici, Bond devient plus sérieux, plus complexe, et cela se ressent dans tout le film.
John Glen, réalisateur expérimenté de la saga (il en est à son quatrième Bond), nous plonge dans une intrigue tarabiscoté qui résonne parfaitement avec son époque, celle de la Guerre froide. Le film nous emmène à travers plusieurs lieux iconiques comme la Tchécoslovaquie, Tanger ou l’Afghanistan. La trame, bien que parfois un peu sinueuse, a le mérite de remettre en avant les origines espionnage de Bond, où ni les alliés ni les ennemis ne sont clairement définis. C’est un Bond plus vulnérable, confronté à une situation géopolitique incertaine.
La force de Tuer n’est pas jouer réside dans son ancrage plutôt réaliste (toute proportion gardée) et son atmosphère immersive. Le film parvient à capturer l'esprit de son époque, notamment avec l’invasion soviétique de l’Afghanistan qui sert de toile de fond (la propagande occidentale n'est certes pas bien loin non plus). Le rythme est soutenu mais maîtrisé, et l’action ne tombe jamais dans la surenchère. C’est un Bond plus direct, moins séducteur, plus froid et plus violent, mais toujours charismatique. La réduction des gadgets et l'absence de super-vilains extravagants apportent un vent de fraîcheur, tout en maintenant une tension palpable tout au long du film.
Timothy Dalton s’avère être un choix pertinent dans le rôle de l’espion. Son interprétation est sérieuse et mûre, apportant de la crédibilité au personnage tout en restant fidèle à l’essence de Bond. C’est un agent 007 plus sobre et plus humain, ce qui est d'autant plus marquant après les années plus légères de Roger Moore. Sa prestation est soutenue par des seconds rôles solides, avec Maryam d'Abo en « Bond girl » qui s’impose dans un rôle un poil plus complexe que d'habitude.
Quant aux antagonistes, ils sont à la hauteur. Andreas Wisniewski, dans le rôle de l’homme de main, réussit à marquer l’écran malgré un temps de présence limité. Cette efficacité dans la construction des personnages secondaires contribue largement à la réussite du film. Le méchant principal, Jeroen Krabbé, bien qu’un peu moins mémorable que d’autres figures iconiques de la saga, s'inscrit néanmoins parfaitement dans l'intrigue.
On peut néanmoins regretter que la saga peine un peu à s'affranchir de ces codes, ou du moins à jouer avec, ce qui freine légèrement ce Bond plus réfléchi et humain.
La bande originale, signée John Barry et le générique d’ouverture chanté par a-ha, collent bien à l'atmosphère du film, tout en apportant une touche plus moderne. L’esthétique du film, avec ses décors froids à l’Est et ses paysages chaleureux au Moyen-Orient, est assez efficace, et soutient l’aspect plus terre-à-terre de l’intrigue.
Tuer n'est pas jouer est un film d’espionnage bien construit et maîtrisé. Il marque le passage à une nouvelle ère pour James Bond, plus en phase avec les réalités géopolitiques de l’époque. Avec une tension bien gérée, des seconds rôles convaincants et un méchant solide, cet opus fait parti des meilleurs de la saga.