Coup de cœur de la Mostra de Venise 2019 et du Festival Les Oeillades d’Albi 2019, cette tragédie haletante offre un regard singulier sur la Tunisie, par le prisme d’un vibrant duo d’acteurs.


Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur tunisien Mehdi M. Barsaoui propose un drame familial en plein été 2011, période de tensions politiques, sept mois après la chute de Ben Ali, l’ancien président tunisien, et six semaines avant la mort de Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen. Un couple amoureux issu de la classe aisée, décide de passer un week-end de rêve avec Aziz, leur fils de 11 ans au sud de la Tunisie proche de la frontière où le chaos règne et va engendrer un cauchemar aux répercutions insoupçonnées.


Le cinéaste offre une superbe mise en scène en lumière et décors naturels, en utilisant parfaitement ses cadres et l’emplacement de ses protagonistes suivant les situations. Mehdi M. Barsaoui livre une réalisation maîtrisée proche de ses personnages, qui alterne brillamment les moments de tensions et de douceur, pour mieux décliner son récit intime et politique aux multiples thématiques : filiation, poids socio-culturel, mutation d’un pays, trafic d’enfants, dons d’organes…


À travers ce mélodrame l’auteur questionne avec justesse la notion du père, ausculte les soubresauts géopolitiques de son pays et souligne le poids de l’enfermement moral au sein d’une société patriarcale. Cette fiction réaliste met subtilement en exergue toutes les difficultés d’émancipation de chacun, entre les devoirs et les droits de tous au sein d’un pays en proie à l’enfermement dans les valeurs ancestrales, à l’aube de conjectures qui se pressentent.


Cette narration à la mécanique scénaristique bien huilée qui nous fait songer au cinéma de Asghar Farhadi, engendre de nombreux dilemmes moraux qui se dévoilent par le biais d’une course contre la montre au suspense digne d’un polar.
Ce long métrage allégorique sous la forme d’une radiographie pulse notre encéphalogramme et fait chavirer notre cœur, notamment par l’incarnation émouvante de Sami Bouajila (récompensé par le Prix d’interprétation à la Mostra de Venise 2019 dans la section Orizzonti), bien accompagné par la révélation de l’épatante Najla Ben Abdallah.


Une œuvre magnifique et poignante qui vous poursuivra bien après la sortie de la salle, comme cette flamme inextinguible au creux du regard final, malgré les chaos de la vie. Venez découvrir prestement une vie conjugale qui bascule au chœur d’Un fils. Sensible. Puissant. Bouleversant.

seb2046
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le 20 mars 2020

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