Au commencement était le train. À sa sortie, l'un des tous premiers films de l'histoire du cinéma : L'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat avait terrifié ses spectateurs : « Ce court métrage a eu un impact particulièrement durable ; oui, il a provoqué la crainte, la terreur, et même la panique... » peut-on lire sur Wikipédia.

Quelle aurait pu être la réaction de ces mêmes spectateurs s'ils avaient été confrontés à Unstoppable, le dernier film de Tony Scott ?

Hum, hum.


Oui, parce que, disons-le, le sujet de base d'Unstoppable n'est pas beaucoup plus palpitant que celui de son illustre ancêtre. En fait, c'est la même chose : tout est dans le titre. Pourtant, et si la force majeure du film tient dans sa mise en scène (sur laquelle je vais tâcher de revenir un peu en détails), le développement de ce sujet simple est brillant, porté par une écriture savamment rythmée.

Pour bien situer Tony Scott, il faut s'imaginer que si ce mec mettait en scène La Belle au bois dormant, le prince y tenterait de réveiller la miss à grands coups de piqures d'adrénaline. Devant Unstoppable, la Belle c'est nous, avec dans les yeux des dizaines de piqures, comme autant de banderilles sur le corps meurtri d'un taureau blessé. Tony Scott est un torrero psychopathe qui accomplit, par l'enchainement frénétique des plans, la mise à mort du spectateur. Petite mort, certes, mais quelle mort. À la Ciotat le train s'arrête, chez Tony Scott, la masse ferroviaire monstrueuse qui s'abat sur nous est innarêtable.

Car si Unstoppable est un film passionnant, c'est essentiellement pour deux raisons :

Une éblouissante représentation de la masse. Plus lourd que lourd ; par les angles de caméra et le montage du son il réussit à charger le train d'un poids écrasant. La mécanique presque organique rappelle ici Duel de Steven Spielberg.
Le travelling permanent. En mouvement constant, qui plus est sur des rails, le film n'est que travelling. Explorant ce mouvement de caméra par tous les angles et toutes les vitesses, Scott ressuscite le travelling. Ça bouge, ça bouge et on ne veut pas que ça s'arrête.
Par l'efficacité de sa mise en scène Unstoppable fait passer allègrement la faiblesse des codes classiques du film de catastrophe pour produire une expérience totalement jouissive. Sur un sujet relativement similaire, notamment au travers des scènes de panique dans les centres de contrôle, mais échappant à l'imaginaire de l'européen moyen il surpasse ici Vol 93 de Paul Greengrass (film d'actualité relativement marquant, mais film catastrophe complètement raté).

Voilà. Et sinon je <3 Rosario Dawson.
IMtheRookie
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le 22 nov. 2010

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