Are you calculating the wind ?
Après deux thrillers n’ayant malheureusement jamais atteints nos contrées, Paradise 1986 et Handphone, Han-min Kim s’est attelé à la réalisation d’une grande fresque historique narrant une invasion de la Corée par les Mandchoues, et plus particulièrement celle de Nam-Yi, archer divin affrontant seul une armée. Han-min Kim se heurte néanmoins à un problème de taille, les archers ne font plus fantasmer depuis très longtemps, et lorsque l’on s’attend à un épopée asiatique on espère en général que ça tape dans tous les sens et que le tout soit estampillé par un chorégraphe connu. Le réalisateur et scénariste a cependant plus d’une corde à son arc et réussit très rapidement à captiver l’attention de son spectateur avec une première partie donnant un peu d’épaisseur à ses personnages, avant de foncer tête la première dans une barbarie rappelant le Conan John Milius. Ça saigne et la brutalité est filmée de main de maître, rendant chaque plan épique, tout en n’oubliant pas de mettre en avant le courage de civils qui n’hésitent pas à aller au combat pour conserver leur liberté, avant d’enfin nous exposer son héros, pris en chasse dans une forêt, et allant même jusqu’à nous rappeler l’excellence de l’art de la guerre du Rambo de Ted Kotcheff. Han-min Kim, bien qu’il réalise un film d’aventure et d’action, ne renie pas le côté thriller de ses premières bobines et nous vrille les nerfs durant cette chasse à l’homme mettant à rude épreuve le palpitant.
On pourrait s’attendre à des dérapages techniques, mais même pas, l’étalonnage est impeccable et la légère désaturation donne un rendu visuel parfait lors des plans de jour, de même que l’accentuation des jaunes lors de ceux nocturnes où les flammes viennent illuminer avec beauté le visage des acteurs. Le réalisateur savait également ce qu’il voulait pour ses affrontements et duels de tir à l’arc, et appuyé par les techniciens il nous offre quelque chose de dynamique, usant d’un montage intelligent et de ralentis ne ralentissant pas l’action (« l’art de maîtriser le mouvement » on appelle ça, note pour Monsieur Snyder). Aussi, si les chinois déconnent totalement lorsqu’il s’agit d’ajouter dans leurs productions des animaux en images de synthèse (cf Detective Dee), ici c’est l’inverse avec des modeleurs et animateurs qui savent ce qu’ils font, et l’arrivée subite d’un tigre mangeur d’Hommes les surprendra comme rarement des productions asiatiques se le sont permis. En fait le seul petit dérapage que l’on en retiendra sera son final, pas nécessairement mal mis en scène, mais affreusement cliché.
War Of The Arrows c’est l’avènement d’une légende coréenne, mais surtout un puissant film d’action rendant ses noblesses au tir à l’arc, qui prend ici un bain de jouvence. Captivant de bout en bout, on en vient à regretter que le métrage n’ait pas droit à une exploitation en salles (hormis une avant-première lors de l’édition 2012 du Festival du Film Coréen à Paris) et soit condamné à sortir directement en DVD/Bluray. Un achat indispensable.