Zion est un film d’une beauté inexplicable, pourtant rien n’y est embellie. Ce film de Nelson Foix est une peinture sur toile de la vie guadeloupéenne. Les personnages, tous avec de fortes personnalités, sont si bien joués qu’ils donnent l’impression d’exister bien au-delà du cadre. Le scénario, coécrit par Nelson Foix, Perrine Margaine et Nicolas Peufaillit, témoigne d’une imagination débordante, profondément ancrée dans une réalité qu’ils semblent connaître intimement, s’imprégnant intelligemment de ce qu’ils ont vu, vécu, ressenti.
Les personnages sont portés par des acteurs qui habitent leur rôle avec une sincérité rare. Je tiens d’ailleurs à les citer pour leur jeu somptueux. Sloan Decombes incarne Chris, le protagoniste principal, avec une intensité retenue, presque silencieuse, mais bouleversante. Philippe Calodat prête ses traits à Joe, tandis que Zebrist campe Odell, le caïd du quartier voisin, avec une présence magnétique. Saint-Eloi Dominique, alias Don Snoop, interprète Tidog, le “fou croyant” — figure quasi mystique du film, à la frontière entre délire et vérité. Axelle Delisle joue Lika, Youri Christophe est Jayson, et Lucile Kancel incarne Lucie, avec une douceur lucide.
Chaque plan est habité, pensé, presque chorégraphié. La caméra ne se contente pas de montrer : elle devient témoin intime, elle capte l’invisible, les tensions sous la peau, les silences qui parlent plus fort que les mots. La mise en scène de Nelson Foix est précise sans jamais être démonstrative ; elle fait confiance à l’intuition du spectateur, elle donne du temps au regard. Ce n’est pas un film qui explique, c’est un film qui ressent.
Le film ne surligne rien, ne juge jamais, il pose des présences, des regards, des croyances, et nous laisse avec ce que cela fait naître en nous. On y perçoit la tension entre foi et folie, entre survie et dignité, entre violence et poésie. Ce film touche parce qu’il ne cherche pas à plaire, à séduire, mais à dire. Il parle du réel sans l’écraser sous le poids du discours. Il laisse exister les contradictions, les blessures, les croyances. C’est un film qui parle d’un territoire, la Guadeloupe, mais surtout de ce que c’est que d’appartenir à un lieu, d’y grandir, d’y croire, parfois d’y étouffer. Beau monde reconnaîtra cette beauté rare du cinéma qui ne cherche pas à briller, mais à révéler.
Ce film est nécessaire. Pour le cinéma, pour la Guadeloupe, pour tous ceux qu’on n’écoute jamais. Allez voir Zion, pas pour comprendre, mais pour ressentir. C’est un film qui se vit plus qu’il ne se regarde.