Est-il possible de ne pas aimer un jeu dont on considère néanmoins qu'il s'agit d'un chef-d'oeuvre absolu ?
Quand je dis ne pas aimer Dishonored 2, c'est un jeu que j'ai fait du début à la fin, et je pense qu'il est bourré de choses géniales, et j'y ai passé des heures vraiment agréables. Pourtant...
Pourtant les FPS d'infiltration, c'est un genre qui est devenu éculé presque aussitôt qu'il s'est mis à exister. Le genre a été épuisé purement et simplement dès la sortie du tout premier Deus Ex, un jeu qui avait déjà à peu près compris et exposé tout ce que pouvait offrir cette combinaison singulière : du RPG, de l'infiltration, du tir, des approches alternatives, des missions non-linéaires, des tas de trucs à découvrir dans chaque niveau, un monde qui évolue selon les choix effectués. Dishonored n'en est pas une suite assumée et s'en éloigne sur de nombreux aspects, mais en reprend les fondamentaux.
Quant à Dishonored 2, dès l'introduction, on comprend qu'il s'agit d'une suite à la fidélité absolue. Le scénario reprend presque là où le premier opus nous a laissé : la nouvelle impératrice sur le trône, le héros du premier épisode revenu dans son rôle de protecteur, et l'élément déclencheur est presque exactement le même que dans le premier : une conjuration ayant pour but d'incriminer le héros pour destituer l'impératrice et la remplacer par quelqu'un d'autre. Dès lors, tout s'enchaine exactement comme dans le premier épisode, avec cependant une différence de taille. Non, littéralement : la différence, c'est la taille. Tout est plus grand, il y a plus de tout, partout, tout le temps. Aucun élément ne vient remettre en question les fondamentaux de Dishonored, si ce n'est que sa réelle perfection obsessionnelle le rend stratosphérique.
Les niveaux sont labyrinthiques, il y a de nouveaux concepts presque à chaque niveau (sans spoiler, j'en compte au moins 3 qui comportent un élément de gameplay central qui a pour but de changer la manière de jouer et de modifier l'approche du joueur), c'est plein à craquer de chemins et méthodes d'approche alternatifs, y a du lore partout, des personnages partout, des collectables partout, des pouvoirs, une verticalité dans les niveaux jamais vue dans le premier, etc. Non, impossible de faire le tour de Dishonored 2.
Alors, pourquoi je l'aime pas ? Parce que c'est une recette éculée. Parce que sa perfection le rend monotone. Parce qu'il est trop précis, trop grand, trop écrasant. Dishonored 2, c'est la quintessence de ce qu'est censé être un jeu vidéo : un immense puzzle qui te résiste et te pousse à te dépasser. Mais peut-être qu'en réalité, je n'aime pas le jeu vidéo. Peut-être que ce que j'aime, dans le jeu vidéo, c'est d'avoir mon petit shot d'hormones de la satisfaction parce que je suis clairement un gros junkie. Peut-être que Dishonored 2 me demande beaucoup plus d'énergie que ce que je suis capable de donner.
Et en même temps, peut-être tout simplement que je n'aime pas le FPS d'infiltration. Parce que c'est du die & retry où on abuse de la save. Parce que l'élément central de gameplay de ce genre est d'affronter des IA qui doivent être par définition débiles pour que le principe même fonctionne (ce qui est beaucoup moins le cas, par exemple, dans un MGS ou un Hitman, où les ennemis sont plus des éléments du level design qu'il s'agir de manipuler). Peut-être en fait que ce qui me met mal à l'aise, c'est ce côté uncanny valley d'être projeté à la première personne dans un monde où rien de ce que font les habitants n'a de sens, où ils se contentent de suivre des lignes invisibles tracées au sol mécaniquement pour qu'on puisse passer derrière eux et les assommer. Peut-être que je n'aime pas cette fausse liberté de les tuer ou de les assommer, qui demande un minimum de roleplay dont je suis incapable face à ces androïdes malaisants.
Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que Dishonored 2 est réellement formidable et qu'il m'a obsédé, mais que je ne pourrai jamais dire que j'ai aimé ce jeu avec passion et que je n'arriverais pas à le recommander à un ami.
Mais jouez-y, ce jeu est dingue, et c'est assez fou de se dire qu'un tel jeu arrive à être financé par l'industrie tant il contient d'idées et de détails qui ne paraitraient a priori pas sexy pour des actionnaires.