RoboCop: Rogue City
6.7
RoboCop: Rogue City

Jeu de Teyon et Nacon (2023 · PlayStation 5)

Récompensé par un beau four à sa sortie en salles en 1990 et longtemps mésestimé malgré ses nombreuses qualités, Robocop 2 d’Irvin Kershner reste une excellente suite, bourrée de séquences cultes dont on retiendra surtout une confrontation finale d’envergure (Jon Favreau s’en souviendra d’ailleurs pour la fin de son Iron Man). Ironique, la dernière scène de Robocop 2 voyait le "old man" échapper au scandale, Lewis se plaindre qu’il ne se ferait jamais coincer, et Robocop relativiser : " We are only humans", rappelant de la sorte, non seulement qu’il était toujours lui-même humain, mais aussi que le vieux PDG finirait tôt ou tard par lâcher la rampe.

Formaté pour le grand public par une Orion au bord de la faillite, Robocop 3 ne tenait nullement compte de la tonalité des deux premiers films et transformait le personnage-titre en super-héros pour enfants face à de vilains robots ninjas faisant pâle figure après RoboCain. Indigent au possible, débarrassé de toute forme de subversion, le film de Fred Dekker (Monster Squad) concluait la trilogie sur une énorme impression de gâchis. Revendue à une société canadienne, la franchise s’enfonça ensuite dans les limbes de la SF télévisuelle discount (les séries Robocop Directives prioritaires et Robocop 2001, aussi navrantes l’une que l’autre). Quant à Frank Miller, scénariste frustré par sa participation au nullissime Robocop 3 (et oui, Frank, Wallon Green n’était plus là pour réviser ta copie), il proposa sa propre version du troisième film en comics, une version plus intéressante que le film mais particulièrement foutraque.

Aussi, les fans des deux premiers films seront longtemps restés sur leur faim, regrettant que la trilogie n’ait jamais eu droit à une conclusion â la hauteur. Et ce n’est pas le remake en demi-molle de 2014, censé relancer la franchise, qui changea la donne. Longtemps repoussé, un hypothétique Robocop Returns réalisé par Darren Aronofsky ne vit finalement jamais le jour.


C’est finalement du côté des jeux vidéos que vint l’inespéré. En 2023 sortit sur consoles le jeu Robocop : Rogue City qui immédiatement attira les critiques élogieuses au regard de son petit budget et de la volonté évidente des développeurs de livrer un jeu de qualité, fidèle aux deux premiers films. Il faut dire qu’avant ça, les jeux franchisés dédiés au roboflic de Detroit étaient plutôt rares et mal torchés (l’injouable Robocop 3 d’Acclaim sur Super nes, le Robocop sur PS2 et Gamecube sorti 20 ans plus tôt). Il fallait remonter à 1992 et à Robocop vs the Terminator pour avoir droit à une bonne adaptation vidéoludique du cross-over BD de Frank Miller.


Doté d’un scénario particulièrement fidèle aux deux premiers films, Rogue City se place entre les événements de Robocop 2 et ceux de Robocop 3. On peut même imaginer que le troisième film n’a jamais eu lieu et voir Rogue City comme une véritable conclusion aux films de Verhoeven et Kershner. Respectueux de l’univers imaginé par Ed Neumeir et Michael Miner puis repris par Frank Miller et Wallon Green, les scénaristes du jeu ont imaginé une suite logique à Robocop 2, multipliant les clins d’oeil aux deux premiers films tout en imaginant une continuité cohérente.


Detroit, quelques années après les événements de Robocop 2. N’ayant pas été inquiétée par la justice suite à la tuerie finale de Robocop 2, l’OCP est à deux doigts de commencer la construction de Delta City. Les élections municipales sont proches et voient le maire Kuzak opposé à John Mills, un candidat populiste, véritable homme de paille aux ordres de l’OCP. Dans le même temps, un criminel mystérieux se faisant appeler "The new guy in town" assassine flics sur flics et empiète sur le territoire des Torch heads, le gang ayant récupéré le trafic de nuke laissé vacant par les disparitions d’Hob et de Caïn. Alors que Robocop enquête sur l’identité et les motivations de ce nouveau criminel, l’OCP voit sa direction reprise par un PDG par interim dont les ambitions s’opposent à celles de son prédécesseur. Les jours du Old man semblent en effet comptés et celui-ci convoque à plusieurs reprises Robocop pour s’entretenir avec lui et lui exprimer son respect ainsi que ses regrets devant l’approche de sa fin. Pendant ce temps, l’OCP lance le projet Afterlife censé vendre l’immortalité aux plus riches. Face à la hausse du crime et des piratages de robots, la police menace à nouveau de se mettre en grève. Robocop et Lewis en viennent à suspecter le mystérieux new guy in town d’être financé par quelqu’un de l’OCP. Reste à savoir qui, et dans quel but.


Pas mal comme intrigue. C’est déjà bien meilleur que le Robocop volant vs robo-ninjas de Dekker. Côté scénar donc, c’est le panard. Les clins d’oeil affluent tout au long du jeu (les répliques piquées aux films, un clin d’oeil au troisième à la toute fin via le rachat de l’OCP par les japonais, le bodycount des flics tués façon Clarence, la SUX-6000 garée devant la prison, le gang de punks reprenant le trafic de nuke, le nom du truand Wendell Antonowsky en référence à Emil dans le film de Verhoeven, la descente criminelle en duo avec le 209...) et l’univers des films est non seulement respecté mais développé. C’est un véritable plaisir d’explorer ce Detroit futuriste et déliquescent par le biais de Robocop, d’autant plus que les graphismes, s’ils sont parfois perfectibles (rappelons qu’il s’agit d’un petit budget), restent particulièrement soignés et restituent à merveille l’univers urbain sordide des films. On visite ainsi tour à tour le plateau du journal TV de Casey Wong, les rues de la vieille ville, la fameuse zone industrielle abandonnée, une prison de haute sécurité, le chantier de Delta City et la tour de l’OCP (dont la salle de conférence et la salle de réunion des cadres vues dans les deux premiers films).

Tout est là pour faire le bonheur des fans d’autant que l’ensemble s’achemine vers une confrontation logique avec un "vieil ami".


Véritable petite perle vidéoludique, Robocop Rogue City est le jeu auquel bon nombre de fans des films ne s’autorisaient même plus à rêver. Un must-have, qui donne d’autant plus envie de se remater les films de Verhoeven et de Kershner dans la foulée et d’imaginer le troisième film que cela aurait pu donner.

Buddy_Noone
9
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le 24 avr. 2025

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Buddy_Noone

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