Alors que Lost Levels ne peut constituer la suite tant attendue sur le plan qualitatif à l’international et que Super Mario Bros 3 est encore loin de la fin de son développement, sans même parler de la possibilité de l’exporter, Nintendo a recours à un stratagème plutôt osé pour répondre à l’attente des joueurs occidentaux en 1988. Un jeu du nom de Doki Doki Panic arrive à la fin de son développement, après diverses inspirations envers Super Mario Bros mais dans un univers télévisuel typiquement japonais.
Qu’à cela ne tienne, il est transformé en un jeu intitulé Super Mario Bros 2 avec un game-design quasi-similaire mais un esthétisme revu à la sauce Super Mario. Je vous recommande de vous diriger vers ma critique de Doki Doki Panic avant celle-ci car je vais parler ici des changements opérés par cette version sans revenir sur les éléments déjà présents dans le jeu original. Alors, un tel micmac peut-il au final faire illusion et se substituer à la difficile tâche de poursuivre les excellentes aventures de Super Mario Bros ?
La transposition de l’univers de Doki Doki à celui de Mario ne se fait pas sans incohérences, comme les cœurs à soulever qui deviennent des champignons pour faire écho à ceux de Super Mario Bros mais comme ils servent à augmenter le nombre de cœurs composant la jauge de vie c’est un peu étrange. Il y a aussi plein de changements de design qui n’ont juste aucun sens, la tête qui devient une espèce de tête d’aigle pour passer les niveaux, la lampe faisant apparaître les portes qui devient une fiole rouge… des éléments qui ne réapparaîtront d’ailleurs jamais dans la saga.
Et inversement, il y a des changements de design qu’il aurait été évident de faire mais qu’ils n’ont pas fait, comme les jarres dont le fonctionnement est inspiré des tuyaux de Super Mario qui sont encore des jarres dans cette adaptation. On se retrouve avec une direction artistique globale dans laquelle on a inséré à la va-vite quelques éléments de Mario mais où l’ensemble du visuel n’a pas été repensé pour que ça semble cohérent. Même avec les explications de fins pour justifier tout ça, c’est très léger et il y avait moyen de faire bien mieux que ça en soignant simplement un peu plus le travail.
Mais le concept de personnages jouables multiples fournit l’occasion de jouer pour la première fois des personnages récurrents de la saga qui ont été injouables jusqu’ici et le seront encore pour un moment tels que Peach ou Toad, c’est plutôt bienvenu. De plus, plusieurs créatures récurrentes de l’univers comme les bob-omb, les maskass, Birdo, Pokeys… seront introduits pour la première fois par cet épisode en étant donc rapatriés de Doki Doki Panic, ce qui contribue à étendre l’univers visuel de la saga, même si c’est un petit peu le fruit du hasard.
La plupart des personnages de Doki Doki resteront cantonnés à ce Super Mario Bros 2, paraissant plus être des anomalies qu’autre chose. Il est à noter également sur une note plus positive que c’est aussi la première fois dans la saga que chaque regroupement de niveaux répond à une thématique environnementale bien définie. C’est un standard tellement établi qu’on a tendance à ne plus y voir une qualité, parfois même un cliché, mais à cette époque c’était vraiment un pas de plus pour la franchise et la construction de sa formule qui fera référence.
En dehors de quelques très légers et exceptionnels changements, comme une meilleure endurance du boss final, il n’y a pas de changements de gameplay une fois passé le principe de rétrécissement après avoir été touché et la possibilité de courir, les 2 grandes nouveautés reprises de Mario. Si quelques mécaniques de jeu bien précises seront reprises par la suite de la saga, comme avec la loterie en fin de niveau, à l’instar des designs la plupart des mécaniques propres à ce titre y resteront. C’est surtout la disparition du système de sauvegarde de la Famicom qui est assez dramatique, incompréhensible qu’ils n’aient pas pensé à une alternative.
Ils ont aussi profité de ce portage / remasterisation pour corriger les quelques défauts visuels, comme l’écran de loterie qui ressemblait vraiment à rien, des éléments décoratifs et ennemis profitant de quelques animations inédites ou supplémentaires... Mais dans cet état d’esprit, c’est surtout l’OST qui a été reprise de Doki Doki Panic avec plus de clarté et les bruitages sont de meilleure qualité. Personnellement, je trouve que ses airs joyeux et entraînants s’adaptent bien à l’univers Mario et cette simple remasterisation me semble parfaitement appropriée.
Oubliant le système de sauvegarde, n’allant pas assez loin dans l’adaptation visuelle, adoptant des mécaniques anachroniques dans la saga… Super Mario Bros 2 en tant que version alternative / remasterisée de Doki Doki panic souffre de quelques soucis relevant de mauvais choix et de précipitation. Néanmoins, le succès commercial récompense largement la prise de risque et l’univers de Mario ressort tout de même grandi de cette curieuse expérience alors que la grande suite Super Mario Bros 3 se profile à l’horizon pour atteindre l’apogée de la plate-forme 8-Bits.