All who exist are wanderers...
La mention "développé avec RPG Maker" fait souvent peur aux fans de jeux indépendants. A raison, une bonne partie de ces jeux proposant un gameplay basique, des graphismes dépareillés, une bande-son composée de MP3 de divers animes, avec l'ambition d'être le prochain Final Fantasy.
Heureusement, The Way ne tombe pas dans ce cliché.
J'ai découvert ce jeu un peu par hasard. Au milieu des années 2000, je suivais régulièrement la scène RPG Maker américaine, essentiellement afin de récupérer quelques idées à droite et à gauche pour alimenter mon propre jeu au gameplay basique, aux graphismes dépareillés, à la bande-son composée de musiques de Secret of Mana, et qui heureusement n'a jamais vu le jour. Parmi les jeux que j'ai pu tester se trouvait le premier épisode de The Way.
Les quelques screenshots que j'avais pu voir me laissaient supposer que ce jeu serait semblable à tous les autres, système de combat à la Dragon Quest et graphismes pour la plupart tirés de jeux Super Nintendo. L'introduction du jeu, présentant le héros gravissant des collines en 3D précalculée sur une musique originale, fut une plaisante surprise.
En général, j'aime beaucoup les jeux permettant d'incarner des personnages sans attaches, allant là où les mènera le prochain chemin. Dans The Way, non seulement c'est le cas du héros, mais c'est aussi une composante essentielle de l'univers.
La plus grande partie des habitants de la Voie (le nom du jeu étant aussi celui que ses habitants donnent à leur monde) se déplace constamment, par peur d'une menace ancestrale. On trouve toutefois des villes et des forteresses ça et là, même si d'anciennes légendes mentionnent la ruine des civilisations sédentaires passées.
Le premier épisode sert essentiellement d'introduction à l'univers, permettant au joueur de se familiariser avec ses concepts.
On retrouve un système de combat classique à la Dragon Quest, avec des ennemis visibles à l'écran (pas de combats aléatoires, ouf) mais avec un petit détail qui change tout: les personnages sont soignés à la fin de chaque combat. On pourrait croire que ce choix rend le jeu plus facile, mais il n'en est rien. Au contraire, les combats sont très difficiles et demandent beaucoup de tactique, au point que le développeur a même sorti une version du jeu où il est possible de désactiver les combats.
Le jeu propose également un système de duels (appelé "plunge"), très codifié, qui n'est pas sans rappeler celui de la série Suikoden (à base de choix à la pierre-papier-ciseaux). La plupart des ennemis humains de haut niveau devront être vaincus de cette façon.
Le système d'expérience est quand à lui assez original, puisque ce n'est pas le héros qui progresse mais son épée. Au fil de l'aventure et des combats, elle acquerra des pouvoirs de plus en plus puissants.
A partir du second épisode, on commence à voir apparaître des zones plus ouvertes (Marna dans l'épisode 2 et Estrana dans le 6 étant dignes des meilleurs RPG US), et le scénario commence à décoller. L'intrigue de base est assez simple (Rhue, le héros, recherche une fille), mais les éléments majeurs du scénario (le passé du héros, la véritable nature de l'univers) sont souvent révélés de manière implicite, si bien qu'on peut parvenir au final en étant passé à côté de ce qui, à mes yeux, fait l'intérêt de ce jeu: la richesse de son univers et de ses personnages. Aujourd'hui encore, je place le scénario de ce jeu au niveau d'un Xenogears ou d'un Planescape Torment.
The Way n'est pas un jeu exempt de défauts (de nombreux graphismes et musiques sont tirés de jeux Super Nintendo, toutefois ils sont utilisés judicieusement et sont assez cohérents avec le reste de l'univers), mais le scénario et la part laissée à l'exploration valent vraiment le détour.
A ce qu'il paraît, le développeur est en train d'écrire des romans se passant dans l'univers du jeu. S'ils sortent un jour, je les achète, même si je dois me ruiner pour ça.