Comme son sous-titre l’indique, Au bonheur des listes est un « recueil de listes historiques, inattendues et farfelues ». Cent vingt-cinq au total, écrites entre l’Antiquité égyptienne et le post-11-Septembre, et qui vont des très classiques bonnes résolutions de début d’année jusqu’aux aliments consommés du début à la fin d’une autre, en passant par la déclaration d’amour, les commandements de toutes sortes, les motifs de récit d’horreur, les termes de cuisine, les conseils pour les enfants ou encore les titres possibles pour un roman.
Je ne sais pas en poche, mais Au bonheur des listes a de l’allure dans son édition grand format – oui, elle est chère, mais un livre, ça s’emprunte, ça s’achète d’occasion, ça se vole (quoiqu’au bout du compte celui-ci n’en vaudrait peut-être pas la peine)… Le bouquin reste maniable, la maquette a de l’allure, et les illustrations valent le coup d’œil quand ce ne sont pas de curieuses reconstitutions – mais la plupart du temps, il s’agit de fac-similés des listes en question, ou de photographies de leur auteur. (Le portrait de Bertrand Russell est fascinant !)
Pas d’analyse outre mesure : pour ça, il y a Vertige de la liste d’Umberto Eco. Et des présentations réduites à la portion congrue : les quelques lignes introduisant l’une des seules listes que je connaissais avant (celle attribuée par Borges à l’Empereur de Chine dans « La Langue analytique de John Wilkins ») sont trop superficielles pour véritablement rendre justice à sa singularité – ce qui est gênant – et surtout pour que le lecteur profane comprenne de quoi il s’agit – ce qui est carrément emmerdant. J’ai peur que d’autres listes aient subi le même sort. (Cela arrive parfois : quelqu’un a dit une connerie sur un domaine qu’on connaît, si bien qu’on ne lui fait plus confiance à propos de ceux dont ignore tout.)
Par ailleurs, il est évident que chaque lecteur trouvera ici des listes inutiles, et sera déçu de n’en pas voir figurer qui lui paraissaient indispensables – pourquoi pas une page d’un très beau manuscrit médiéval où figureraient les Dix Commandements, par exemple ? Dans le cas d’Au bonheur des listes, la sur-représentation du domaine anglo-saxon semble évidente – et en accord avec la nationalité du compilateur –, d’où certaines redondances, finalement assez représentatives de cette forme de puritanisme qui berce encore la mentalité états-unienne.
Peut-être qu’il vaut mieux lire quelques pages de temps en temps, en piochant au hasard dans les trois cents et quelque pages du volume.