Je comprends pas
J'étais bien content de voir arriver cet ouvrage sur mon bureau (cool, j'ai pas eu à l'acheter) pour pouvoir le lire et me faire ma propre opinion. En une phrase, ce livre n'est pas bon. Mais surtout...
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le 11 nov. 2015
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Trois possibilités si vous atterrissez sur cette page :
1) vous adorez Philippe Verdier dont vous portez la tête sur votre T-Shirt et qui peuple vos rêves nocturnes. Dans ce cas je ne peux rien pour vous et cette critique ne vous servira à rien. Retournez regarder vos cassettes enregistrées de ses clips météo.
2) vous voulez avoir l'honnêteté intellectuelle de lire ce "livre" avant de le critiquer. C'était mon cas. J'avoue que ce n’est pas réellement nécessaire vu l'état de l'épave, mais si c'est vital pour vous, au moins ne l'achetez pas. Empruntez-le, trouvez-le dans votre bibliothèque ou n'importe où, mais ne l'achetez pas. De grâce.
3) vous voulez simplement vous informer sur le climat. Dans ce cas arrêtez tout et jetez ce livre à au moins un kilomètre de tout cerveau. Brûlez-le, enterrez-le, faites-en don à l'association d'aide au suicide local, mais débarrassez-vous en. Et si vous n'êtes pas convaincu, alors lisez la suite.
Critique : dur d’être concis, devant une énormité pareille. Voilà donc quelques remarques, classés en différents points.
1) C’est mal écrit
Alors certes ce n’est pas un roman, on ne lit pas Verdier en espérant avoir entre les mains le prochain Goncourt, mais quand même… Ces mots, répétés à plusieurs reprises à une ligne d’intervalle, font mal aux yeux. Les nombreuses analogies, loin d’éclairer l’esprit du néophyte, le perdent dans de pénibles et bancales explications. Bref, interminable.
2) La science
Verdier parle en tant que journaliste spécialisé en météorologie (eh oui, le monsieur n’est pas climatologue), connaisseur du dossier, professionnel quoi. Sauf que, c’est là que ça fait mal… Celui qui n’arrête pas de critiquer les méthodes scientifiques des uns, ne fait qu’étaler à la pelle des absurdités grotesques. En voilà quelques exemples flagrants.
Verdier choisit Google Trends (outil Google permettant de connaître la fréquence à laquelle un mot a été cherché sur le fameux moteur de recherche) pour étudier l’intérêt que l’on porte au climat. C’est vrai, quoi ? Quoi de plus représentatif que Google, dans ce monde*. Perso, alors même que je suis fortement intéressé à la problématique climatique, je n’ai jamais cherché « climat » ou « COP21 » sur Google…
Les graphiques sont simplement incompréhensibles. Sans sources, pour la plupart. Et sans unités ! Les unités, monsieur Verdier, c’est la première chose que l’on apprend en filière scientifique. C’est la base, bordel de nom de Dieu !
Verdier utilise les travaux d’un paléoclimatologue suisse, Ulf Büntgen, pour justifier que les périodes de stabilité sociale et de prospérité surviennent lors de réchauffements. Sauf que, cher monsieur Verdier, on ne peut pas extrapoler cela à l’actualité. Les réchauffements dont on parle en paléoclimatologie (qui remontent donc à plusieurs milliers d’années) correspondent notamment au pic que l’on appelle « l’optimum du Moyen-Âge », qui lui rime avec prospérité, pas avec des augmentations de températures subites et violentes que nous connaissons actuellement.
Encore un exemple ? Celui de l’année labo. Verdier prend 2014 comme année permettant « d’imaginer notre climat futur ». Celui qui affirme que « les prévisions du GIEC ne peuvent être vérifiées » compte imaginer le futur du climat en s’appuyant sur une seule et unique année ? Grossier personnage, va.
Et si vous n’en avez pas encore marre des conneries de Mr Météo, alors vous en aurez pour votre grade dans le livre (que vous emprunterez, hein !) : ça va de la viande au Soleil, en passant par les maladies tropicales. Il y prend du plaisir, le sadique.
3) Nous, les autres on s’en fout
Ce pourrait être la phrase refrain de l’ouvrage de Verdier. Sincèrement, pourquoi se préoccuper du changement climatique ? En France, on sera les moins impactés. Le niveau des mers n’y montera que peu. On pourra vendre plus de piscines et être dans un climat de vacance. La vie rêvée, non ?
Et oui, c’est un des arguments, purement égoïste, de monsieur Verdier. Après tout, les réfugiés climatiques qui se retrouvent les pieds dans l’eau, on s’en branle.
Mais le pire, c’est que le monsieur croit vraiment qu’on va gober que notre bonne vieille Europe de l’Ouest ne subira rien de terrible des changements climatiques. Il ose même écrire « depuis douze ans », « le nombre de victimes d’une canicule est devenu quasiment nul ». Rien qu’en France, les chiffres officiels de l’été 2015 seulement annoncent 9'500 personnes ayant passé un séjour aux urgences, plus de 4000 hospitalisées et 3'300 morts.
Presque nul, mouais…
4) Si tu l’dis
Verdier, critique expert, connaisseur du dossier climatique comme personne et éminence du domaine n’a pas besoin de sources.
Et quand il en donne, il se trompe dans l’orthographe des noms. Et oui, m’sieur Verdier. C’est pas Paul Rieter (p.64), le chercheur de l’institut Pasteur, mais bien Paul Reiter…
5) Petit bréviaire de manipulation
Dans son livre, Verdier parle de ceux qui relativisent les changements climatiques. C’est le cas de Patrick Moore, qu’il présente comme « l’ex-fondateur de Greenpeace ». ça en jette, ça, qu’un écolo pur et dur crache sur les changements climatiques, nan ? P’têt bien, sauf que Verdier oublie de préciser que ce même monsieur a été jeté de chez Greenpeace pour ses propos climato-sceptiques et qu’il défend notamment Monsanto et son Roundup, qu’il affirme pouvoir boire sans tomber malade…
Il use de l’argument d’autorité, notamment avec le professeur d’Université Istvan Marko. Sauf qu’il oublie de mentionner qu’il n’est pas climatologue, mais chimiste organique, et qu’il a dirigé la publication de « Climat : 15 vérités qui dérangent », considéré comme la bible du climato-scepticisme…
Pour continuer, Verdier utilise les attaques ad hominem à foison (comme si les scandales sexuels reliés à un des membres du GIEC pouvaient remettre en question les travaux scientifiques du même GIEC) et est particulièrement friand du champ-lexical complotiste, dont il saupoudre tout son ouvrage. Y a qu’à regarder le « trailer » de son livre pour s’en rendre compte.
Alors si après ça vous avez toujours envie de le lire, je ne peux rien pour vous. Relevons tout de même un point positif relié à ce livre, et pas des moindres : Verider a été viré de France 2** et c’est la belle Tania Young qui présente désormais la météo.
Merci, bonsoir…
Créée
le 7 nov. 2015
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