"Vous, les vivants, êtes tellement pétris de défauts. Le pire d'entre eux est de chercher constamment à être heureux. Le bonheur est meilleur quand il se vit à petites doses et ne dure pas trop longtemps. Exiger davantage confine à la folie."
Voilà, le ton des "Bonnes âmes de Sarah Court" est donné. Roman noir avec peu d'étincelles d'espoir, ce récit m'est plus apparu comme un recueil de longues nouvelles entrecroisées qui donnent la sensation pénible que tous les personnages tissent leur propre malheur tout en étant persuadés d'oeuvrer à la construction de leur bonheur.
Bien écrit, le roman souffre toutefois de longueurs ; la multitude de personnages peut aussi perturber. Le décor de ce lotissement pavillonnaire canadien, situé tout près des célèbres chutes de Niagara dont le Canada et les Etats-Unis se partagent les eaux, est bien rendu et fait écho à toutes les séries anglo-saxones qui nous montrent la médiocrité humaine derrière les murs ravalés et les pelouses tondues au cordeau.
Ma lecture ne fut pas désagréable mais elle a cruellement manqué d'enthousiasme. Le caractère tarantinesque du récit n'échappera à aucun lecteur un peu averti ; il se retrouve aussi dans la structure en puzzle de la narration. Seul le cynisme de Craig Davidson m'a apporté quelques bouffées d'air acre au fil des pages.